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L’écrivain aux 1001 nouvelles

Shinichi Hoshi (eng) est un écrivain nouvelliste à l’imagination infinie et aux histoires qui font mouche. Auteur de plus de 1000 nouvelles de science-fiction, appelées « Short-short » (de l’anglais « Short-short stories») au Japon, il écrit aussi bien pour les enfants que pour les adultes, en passant par les adultes ayant gardé une âme d’enfant. Considéré comme l’un des plus grands nouvellistes japonais moderne, on retrouve ses oeuvres jusque dans les manuels scolaires, dans lesquelles ses récits, proposant un regard critique sur la société et les hommes, invitent les élèves à la réflexion.

À travers une écriture simple et sans fioritures, il sait apporter à la fois profondeur et humour à ses histoires pour captiver tous les publics. En plus de réussir l’exercice délicat de fédérer les lecteurs de tout ages, il travaille sur le format de la nouvelle, une forme de littérature qui doit se pratiquer à cadence importante pour qui veut sortir des collectifs et ainsi voir ses propres recueils de nouvelles édités.

L’un des ressort de la nouvelle étant la surprise, elle demande une force d’imagination considérable pour pouvoir être pratiquée sur la durée en évitant l’écueil de la répétition :

« Écrire un roman de plus de 250 pages est à la portée de n’importe quel écrivain plus ou moins doué […] Mais écrire 270 contes, généralement brefs, c’est une autre histoire. Ce n’est plus une question de cadence, mais d’inspiration, cela demande 270 idées. »

Jacques Sternberg préface aux Contes glacés, 1974

Le grand nouvelliste belge Jacques Sternberg ne s’y trompait pas, ayant lui-même dépassé la barre symbolique des 1000 histoires. Le rappel de cette petite règle pleine de bon sens donne la mesure du pouvoir d’imagination exceptionnel de Shinichi Hoshi.

Les nouvelles de Hoshi sont régulièrement mises en image par des artistes dans les moyens d’expressions les plus divers : illustrations, animations, bandes dessinées ou encore courts-métrages.

Short-short animations

Parmi les adaptations animées les plus connues nous trouvons la série des courts-métrages produite par la NHK, diffusée et rediffusée depuis 2008 dans l’émission Le théâtre des short-short de Shinichi Hoshi (星新一ショートショート劇場). Aujourd’hui disponibles en coffret DVD, les 5 galettes de la NHK renferment de petits trésors d’animation, qui ont par ailleurs tournés dans de nombreux festivals au Japon et à travers le monde ces dernières années (Emmy Awards aux États-Unis, World Media Festival d’Hambourg, le festival d’Annecy en France ou le Montréal Film Festival), ne manquant pas de rafler quelques prix au passage.

Sur un total de 50 courts, des réalisateurs aux univers graphiques très différents se côtoient, ajoutant ainsi au plaisir de découvrir les histoires savamment concoctées par Shinichi Hoshi, celui de découvrir différentes facettes de l’animation japonaise.

Studio Pantograph, Ohé ! Sort de là ! おーい でてこーい

Dans ce foisonnement de courts nous trouvons les oeuvres du studio Pantograph (Ohé ! Sort de là ! おーい でてこーい, Le professeur et le robot 博士とロボット, Le téléphone gratuit 無料の電話機) avec des personnages très mignons – rappelant les jouets en bois du français André Hellé – animés en image par image. Le studio réalise par ailleurs des jaquettes de CD, dioramas, statuettes et autres publicités en animation (visibles sur le compte Youtube du studio)

Ryû Kato, Dinosaures d’après-midi 午後の恐竜

Autres courts, autre univers graphique, les adaptations de Ryû Katô (Les dieux 神, Dinosaures d’après-midi 午後の恐竜, Le commencement はじまり) – également présent sur Youtube – font d’avantage ressortir le côté étrange du monde dans lequel évoluent les personnages de Hoshi.

Studio 4ºC, Un robot capricieux きまぐれロボット

En 2004 c’est le studio 4ºC (jp / eng) qui réalise Un robot capricieux きまぐれロボット (eng), une série de 10 épisodes de 2 minutes supervisée par Yoshiharu Ashino (eng) (Tweeny Witches (eng), First Squad), permettant à certains animateurs du studio de passer à la réalisation.

Tadanari Okamoto, Un étrange médicament ふしぎなくすり

Entre 1965 et 1970 déjà les nouvelles de Shinichi Hoshi étaient mises en mouvement par Tadanari Okamoto (eng) (The restaurant of many orders) dans des courts-métrages que l’on peut retrouver dans l’édition DVD rassemblant ses travaux.

Short short mangas

Les histoires de Shinichi Hoshi se déclinent aussi en manga. Plusieurs compilations d’histoires mises en image par différents mangakas ont été éditées chez Akita shoten (jp). Au volet des anecdotes, parmi les mangakas renommés nous trouvons Tsukasa Hôjô (Cat’s eye, City Hunter), qui à l’époque du collège avait choisi d’adapter la nouvelle Un réseau de voix 声の網, une adaptation qui restera finalement inachevée.

Découvrir Shinichi Hoshi

La fée streaming nous permet de découvrir les petits trésors d’animation que Shinichi Hoshi a inspiré, et continue d’inspirer aux animateurs. Les sites Youtube ou Nico Nico Douga (nécessitant de s’inscrire pour voir les vidéos) hébergent quelques unes de ces adaptations. Le meilleur moyen de découvrir ces oeuvres dans des conditions idéales restant bien entendu les DVD en coffret ou à l’unité.

Côté lecture, Shinichi Hoshi a été édité en très peu de langues, et en français seulement 2 nouvelles semblent avoir été publiées dans des revues et anthologies de S.F. à la fin des années 70… autant parler d’incunables ! Si les anglo-saxons, chinois, coréens et tchèques ont la chance de lire cet auteur dans leur langue maternelle, les français devront donc se contenter de quelques titres en japonais vendus à la Librairie Junku à Paris pour les nippophones – le japonais de Shinichi Hoshi étant très accessible, je le conseille à tous les japonisants ! – ou bien sur les versions numériques en anglais (eng) de l’éditeur japonais Biglobe publishing pour les anglophones.

Outre les nombreux recueils regroupant les nouvelles par thèmes, l’éditeur Shinchosha à eu la très bonne idée de regrouper les short-short de Hoshi en trois volumes intitulés Les 1001 short-short de Shinichi Hoshi 星新一ショートショート1001.

Pour tous les fans de nouvelles fantastiques ou de S.F. ayant lu et aimé les Richard Matheson, Jacques Sternberg, Fredric Brown, sans oublié le père des lois de la robotique Isaac Asimov, je ne peux que recommander de découvrir les histoires de Shinichi Hoshi, un auteur inventif et plein de surprises.

Sources :

Le site officiel de Shinichi Oshi (jp / eng)

Mata-Web « Tsukasa Hôjô et ses oeuvres »

Pour aller plus loin :

Si vous avez aimez, alors allez jeter un oeil à ces bouquins :

Fantômes et Farfafouilles, Fredric Brown, Folio (Peut-être le plus proche de Hoshi par sa fantaisie)

188 contes à régler, Jacques Sternberg, Folio (Génie de la micro-nouvelle soupoudrée d’humour noir)

La maison enragée, Richard Matheson, Librio (Flirtant avec l’univers terrifiant de Lovecraft)

Grue des étoiles 星鶴 (eng), oiseau imaginaire créé par Shinichi Hoshi lors d’une séance de dédicace

Le magazine IDEA (eng) est une publication bimensuelle qui traite du design sous toutes ses formes : l’illustration, la typographie, l’architecture, etc.. Abordant à chaque fois un thème différent via des interviews et des articles de fonds, le numéro d’août 2011 mettait à l’honneur le design dans le manga, l’anime et les light novel (sorte de romans de gare, terrain privilégié des adaptations littéraires d’animes et de mangas).

Au sommaire

La première partie est consacrée à la présentation de designers et se clôture par une longue interview d’un designer également mangaka, Daisuke Nishijima (jp) (Diên Biên Phu (jp)).

Dans la seconde partie, un dossier nous permet de replonger dans le milieu du fanzinat japonais des années ’70 à travers les interviews de personnages ayant vécut l’époque de la naissance du Comic Market (fr) en décembre 1975. Une période de l’histoire du manga qui a connu un regain d’intérêt ces dernières années suite à la publication en 2008 de La genèse du Comic Market (コミックマーケット創世記 (jp)) dont l’auteur, Takanaka Shimotsuki, est d’ailleurs invité à répondre aux questions de la rédaction pour ce dossier.

Étant donné la richesse du contenu de ce numéro, c’est seulement la première partie, traitant du design, que je vais aborder dans la suite de cet article.

Les faiseurs de livre-objet

Dans la chaîne du livre, qui va de l’auteur aux lecteurs, l’une des fonctions de production passant relativement inapperçue est celle du maquettiste, chargé de donner son aspect au livre. Même si le principal intérêt d’un livre reste son contenu, il ne faut pas minimiser l’importance du livre en tant qu’objet. Le plaisir que l’on a à manipuler les livres, les regarder, les feuilleter, les comparer et parfois même les sentir ; tous ces petits plaisirs rendent le livre-objet indispensable à beaucoup d’entre nous, ne laissant à la dématérialisation des oeuvres livresques que l’avantage du gain de place.

Pour que l’on accorde tant d’importance à l’apparence des livres, il leur faut des maquettetistes, typographes, illustrateurs, en bref des stylistes de l’objet livre chargés de le rendre attrayant. Ils seront ici nommés « designers », puisqu’il s’agit du terme le plus souvent utilisé.

Qui sont ces faiseurs de livre-objet ?

Des otakus professionnels

Les designers de mangas viennent en général, soit du domaine amateur du fanzinat (同人誌 (fr)), soit des formations en design des beaux-arts, d’écoles de communications ou autres établissements spécialisés. On pourrait imaginer ces deux profils comme typiques de deux mondes bien distincts, les uns évoluants dans les cercles de fans tandis que les autres sont employés par les grandes maisons d’édition. Mais dans les faits, ils sont nombreux à garder un pieds dans chaque univers.

Par exemple Ryo Hiiragi (I.S.W. DESIGNING), ingénieur système de formation, il goûte pour la première fois au design en réalisant des fonds d’écrans avec des amis habitués du Comiket, et commence à se former au design sur des jaquettes de CD amateurs, puis des dôjinshis. Tout en évoluant dans le monde du design, il ne cesse de recueillir les avis des professionnels de l’imprimerie, de leur poser des questions pour poursuivre constamment son apprentissage autodidacte. En tournant dans des conventions comme Comitia (jp), son portfolio de design sous le bras, il multiplie les rencontres avec les éditeurs, qui retiennent peu à peu son nom. Aujourd’hui, Ryo Hiiragi travaille à la fois dans le domaine amateur (CD, DVD, dôjinshi), et pour des maisons d’éditions, notamment dans des collections s’adressants au public otaku chez deux grands éditeurs historiques : Gagaga bunko de la Shôgakukan et Super Dash bunko de la Shûeisha. Il dit apprécier l’absence de contraintes commerciales des dôjinshis, et continue ainsi à évoluer enter les deux univers.

Kemomimi, dôjinshi du cercle I.S.W.

Parmi les designers faisant la navette entre les deux mondes il y a également Yohei Sometani (BALCOLONY). Après des études à l’université des beaux-arts d’Ôsaka, il réalise de nombreux designs pour l’éditeur vidéo Aniplex et la maison d’édition Ichijinsha, en plus de dôjinshis, jaquettes de CD et DVD.

Hearts native, CD édité par Enterbrain

Ou encore Toshimitsu Numa (D-siki Graphics), diplômé d’une école de design, qui en plus de travailler aujourd’hui régulièrement pour la Kadokawa ou encore Ichijinsha, a eu la charge de réaliser le catalogue des magasins Tora no ana, ainsi que des designs de logos, de polices et autres plv (publicité sur le lieu de vente) pendant les années ’90.

Strike Witches, DVD édité par Kadokawa

Des metteurs en scène

Dans le manga, le rôle du designer pourrait s’apparenter à celui d’un metteur en scène chargé de mettre en lumière le talent de l’auteur sur la couverture de son livre. C’est en tout cas la réflexion que se font plusieurs designers.

Lorsque Kei Kasai s’est aperçue q’elle n’arrivait pas à dessiner deux fois un même visage, elle troqua son rêve de devenir mangaka pour celui de graphiste dans l’édition. Après des études de design à Londres, elle rentre au Japon pour travailler dans le design de manga. Aujourd’hui elle travaille en tant qu’indépendante pour plusieurs éditeurs, et en particulier la collection Ikki de la Shôgakukan. Elle explique que les mangakas n’ont pas toujours conscience de ce qui fait la force de leur dessin, de ce qui séduit leurs lecteurs. Le designer doit alors prendre la casquette de metteur en scène et demander au mangaka de réaliser un dessin selon ses indications. C’est ainsi qu’ont été réalisées les couvertures de La cité Saturne (jp) de Hisae Iwaoka (jp) (disponible chez Kana en france), avec qui Kei Kasai a travaillé sur plusieurs mangas.

Dosei mansion, manga édité par Kôdansha

Une vision que partage Yoko Akuta, qui après des études de design à débuter sa vie professionnelle par la réalisation de designs de sacs, tee-shirt et autres articles de papeterie aux motifs psychédéliques et SF avant de se lancer dans le design de mangas. Elle partage aujourd’hui son travail de designer entre la réalisation de publicités, magazine, emballages, et le manga, qui reste sa principale activité. On peut retrouver son travail sur les couvertures de Yaikita in Deep (jp) et d’autres titres de Shiriagari Kotobuki (jp) (dont le titre Jacaranda est disponible en français chez Milan).

Yaikita in Deep, manga édité par Enterbrain

Mitsuru Kobayashi (Designing Studio GENI A LÒIDE) quand à lui garde un très bon souvenir de son travail sur la série Wada radio no koko ni imasu (jp) de Radio Wada  dont il réalise le design alors qu’il n’est encore qu’un novice. Partant du constat que les designs trop similaires des tomes d’une même série donnent l’impression d’acheter le même livre, il décide de réaliser un design différent à chaque tome. Avec la bénédiction de l’éditeur de la Shûeisha et celle de l’auteur, il s’amuse à varier le design selon son inspiration et trouve alors dans la réalisation de cette série ce qui fait pour lui le charme de ce métier : inventer des designs qui correspondent à l’impression laissée sur le lecteur, et créer des livres que l’on a envie de conserver dans sa bibliothèque. On peut retrouver plusieurs séries sur lesquelles Mitsuru Kobayashi à travaillé en français : Real de Takehiko Inoue, Zetman de Katsura Masakazu (jp), Complément affectif de Mari Okazaki (jp) ou encore le Rohan au Louvre de Hirohiko Araki.

Wada radio no koko ni imasu, mangas édités par Shûeisha

Tadashi Hisamochi (hive) est influencé pendant ses études de design par Neville Brody ou David Carson (eng), c’est donc le design editorial et encore celui des jaquettes de CD qui lui donne le goût du design davantage que les livres, même s’il aime les mangas depuis son enfance. Il travail à son premier design de manga à la fin des annees ’90, époque à laquelle le format manga était encore très standardisé, mais allait connaître une évolution vers plus d’originalité. Une originalité qui est facilité selon lui au Japon par la spécificité d’avoir à disposition plusieurs systemes d’écritures – hiragana, katakana, kanji, alphabet – permettant de varier d’avantage les typographies et donc les designs. Il a une vision un peu plus pragmatique que ses camarades sur le métier de designer. Tout en rappelant la mise en avant des designers ces dernières années – en évoquant la publication d’un numéro d’IDEA qui était déjà consacré aux designers de mangas 2 ans auparavant – il relativise la liberté de création dont jouit le métier en précisant que le designer de mangas ne produit pas une oeuvre personnelle, mais doit se fondre dans l’univers de l’auteur et répondre aux impératifs commerciaux fixés par l’éditeur. Malgré ce bémol, on peut constater l’inventivité dont fait preuve Tadashi Hisamochi à travers ses réalisations : Sayonara monsieur désespoir de Kôji Kumeta  (jp) chez Kôdansha (disponible en français chez Pika édition), Momoider de Tôru Fujisawa chez Shûeisha (chez Pika édition en France), Furari (jp) de Jirô Taniguchi chez Kôdansha (traduit chez Casterman).

Et en France ?

Interviewés dans la presse, crédités à la fin des manga aux côtés de l’auteur et de son éditeur, les designers de mangas semblent prendre une place à part entière dans la chaîne du livre au Japon. Si la création dans le domaine du design des mangas semble être bien vivante au Japon, quelle est la situation en France ? Alors que les éditeurs français ont eu tendance à conserver de plus en plus souvent les couvertures originales en mettant en avant le respect de l’oeuvre originale – argument toujours bon pour contenter les fans – quelle est la place laissée au design des mangas par les éditeurs hexagonaux ?

Quand l’on constate le soin apporté à la présentation de certains mangas au Japon, la question mérite d’être posée.

Sources :

Site du magazine IDEA (jp / eng)

Pour allez plus loin :

Un page du site Yoi Comic – 良いコミック où l’on trouve une liste de designers (jp)

Un livre : Anime, Comic, Light Novel, Game no Designer shûアニメ・コミック・ライトノベル・ゲームのデザイナー集 (jp) (Annuaire de designers spécialisées dans l’anime, le manga, les light novel et les jeux)

Peepo Choo est une bande dessinée écrite au Japon par Felipe Smith, un auteur américain d’origine jamaïco-argentine. Mais alors… c’est un comics ? Une historieta ? Un manga ? Du fait même du brassage culturel que représente son auteur, toutes ces appellations n’ont plus court ici. Nous allons donc tout simplement parler de bande dessinée.

”Peepo peepo, chu chu ?”

Peepo Choo, c’est l’histoire de plusieurs personnages, américains et japonais, qui vont être amenés à confronter leurs visions fantaisistes du pays étranger à la réalité.

Côté américain, nous avons d’abord Milton, jeune otaku américain rêvant d’aller au Japon, employé d’une librairie de manga et de comics, inconditionnel de la série animé Peepo Choo mettant en scène un personnage… très pikachuesque (absurde). Viens ensuite le propriétaire de la librairie, Gill, un malabar terrifiant, également tueur professionnel au look jasonesque (Vendredi 13). Puis Jody, autre employé de la librairie, détestant tout autant les fans de comics que leurs homologues otakus, épatant la gallerie en faisant passer ses visionnages de vidéos pornos de la veille pour des expériences réelles. Ce trio américain improbable va décoller pour le Japon le jour où Milton gagne un voyage pour l’archipel nippon lors d’une loterie organisée par la librairie. Il s’agit en fait d’une couverture pour son patron Gill, qui va ainsi se rendre à Tokyo pour un contrat sur un yakuza.

Si la partie américaine est haute en couleurs, le japon n’est pas en reste. D’abord le yakuza Morimoto Rockstar, complètement fan de tout ce qui se rapporte à la culture américaine, et particulièrement aux gangs américains. Ensuite Miki “busaiku” Tanaka (Miki “Laideron” Tanaka), lycéenne régulièrement persécutée par d’autres élèves, elle est fan d’anime et collectionne des poupées gothiques. Enfin Reiko, élève dans le même lycée que Miki, elle pose en bikini pour des magazines de manga, Elle ne semble pas être appréciée des autres élèves, à l’exception notable de Miki qui la considère comme sa seule amie, chose dont elle semble se moquer éperdument.

C’est donc la rencontre de toute cette gallerie de personnages que nous suivont dans ce manga vraiment bien rythmé et complètement loufoque. Le côté humoristique des personnages comme Milton ou Jody est sans cesse contrebalancé par les passages mettant en scène yakuzas et autres tueurs professionnels. Pour ceux que la violence rebute, il faut bien préciser que celle qui saute aux yeux lorsque l’on feuillette ce titre n’est jamais gratuite. Et comme le dit l’auteur lui-même (eng), chaque scène trouve son bien-fondé dans le développement psychologique des personnages. Ce verni de violence, que l’on pourra trouver parfois excessive, souligne peut­-être aussi les visions tronquées de la réalité dans lesquelles évoluent les protagonistes, et dont ils parviendront peut-être à se défaire au cours de l’histoire… ou pas.

Pour les lecteurs anglophones, l’éditeur américain Vertical propose les trois volume de la série.

Américano-jamaïco-argentin nippophone 

Felipe Smith est né en 1978 aux États-Unis d’un père jamaïcin et d’une mère argentine. Élevé en Argentine, il retourne finir ses études dans son pays natal et sort diplômé de la School of the Art Institute of Chicago (eng) en 2000. Tout en finissant ses études, il travaille comme animateur, designer et illustrateur, et publie sa première série en 2005, MBQ, chez Tokyopop, déjà dans un format manga. Felipe Smith s’inspire de sa vie à Los Angeles pour écrire cette histoire.

Lors du Comic-Con (eng) de San Diego en 2008, il présente son projet Peepo Choo à un éditeur de la Kôdansha. Il lui parle de son désir de publier au Japon une série pas spécifiquement adressée aux lecteurs japonais, mais de tous horizons. L’idée séduit son interlocuteur, et cette entrevue détermine son depart pour le Japon la même année. Il passera les deux années suivantes à l’écriture de Peepo Choo, prépublié dans le magazine Morning 2 de la Kodansha.

En attendant de voir arriver un nouveau titre de Felipe Smith, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil à son portfolio en ligne, dans lequel des illustrations aux techniques et ambiances très différentes nous promettent le meilleur pour la suite.

À noté que jusqu’au 5 janvier 2012, les travaux de Felipe Smith sont visibles dans une exposition intitulée “Manga style, North America” (eng) au Musée international du manga de Kyôto (jp).

Pour aller plus loin :

Interview publiée en 2010 sur le site américain About.com (eng)

Présentation de Peepo Choo par son auteur à la télévision japonaise (jp)

Portfolio en ligne (eng)

Site promotionnel dédié à MBQ (eng)


Expédition pour Mars (火星探検 – Kasei tanken) est un manga publié pour la première fois en 1940 chez Nakamura shoten (中村書店). Pour la bande dessinée japonaise, les années 40 sont une période charnière. Elles marquent la fin d’un certain style empruntant graphisme et histoire aux publications occidentales. Les dessins de presse humoristiques et les premières bandes dessinées nées durant l’ère Meiji (1868-1912) ayant eu pour initiateurs des dessinateurs tels que l’anglais Charles Wirgman (1832-1891) ou le français Georges Ferdinand Bigot (1860-1927). La première moitié du XXème siècle voit des histoires très influencées : volonté de créer des livres éducatifs, thèmes et univers empruntés à l’imaginaire occidental. Comme le japonisme a inspiré nos peintres français, l’occident est source d’inspiration et les histoires baignent dans cette atmosphère exotique.

Le dessinateur Noboru Ôshiro nait à Tôkyô en 1905, année de la création de Little Nemo par Winsor McCay de l’autre côté du Pacifique.

Ses manga sont publiés à partir de 1930, décennie qui vît fleurir les akahon manga*, et font donc partie de ceux qui nourrirent l’imaginaire des auteurs de la génération d’Osamu Tezuka (Astroboy, Phenix) et de Reiji Matsumoto (Galaxy Express 999, Capitaine Harlock). La réédition de 2003 propose d’ailleurs en fin de volume de nombreux textes à propos de l’oeuvre, notamment un entretien entre Noburo Ôshiro, Reiji Matsumoto et Osamu Tezuka, extrait de Oh ! Manga, publié au Japon en 1982.

L’histoire de Noboru Ôshiro et Tarô Asahi emprunte une partie de sa trame aux voyages nocturnes de Little Nemo. Au début de son histoire le jeune Tentarô Hoshino, accompagné de sa chatte Nyanko et de son petit chien Pichi, rends visite à son père astrophysicien dans son observatoire. Le soir même, tous les trois s’endorment encore tout excités de ce qu’il viennent d’apprendre qu’il pourrait y avoir de la vie sur Mars. C’est un groupe de petits bonshommes ayant tout l’air d’extra-terrestres qui viennent les réveiller pour leur faire visiter leur monde. Lorsqu’ils pointent le nez dehors, c’est pour découvrir un paysage incroyable de grands immeubles élancés vers le ciel. Au milieu de ce paysage, une foule de petites créatures identiques à leurs hôtes flottent dans les airs, « [se posant] sur les toits des immeubles comme des oiseaux » s’extasie Nyanko. Ils sont sur Mars. Mais tous les trois tombent malade après avoir mangé les pépins des tomates de leur déjeuner, seul et unique nourriture des martiens. Ils s’échappent de leurs mise en quarantaine où les médecins martiens les avaient confinés jusqu’à complète guérison, dans un millier d’année. Le retour sur terre se fait à bord d’un astronef qui explose dans le ciel terrien, et le saut en parachute qui s’ensuit se finit…

…en tombant du lit !

Les manga créés durant cette période furent les derniers d’une époque, avant que n’arrive la révolution Osamu Tezuka avec la publication de La nouvelle île au trésor (新宝島 – shin takarajima) en 1947, puis sa trilogie Lost World en 1948, Metropolis en 1949 puis Nextworld en 1951. Le traumatisme des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, ainsi que la période de grande pauvreté que connaîtrat le pays après guerre, feront naître la science-fiction japonaise tels que nous la connaissont aujourd’hui, ainsi que des récits plus ancrés dans les réalités de notre monde, dont le courant nommé gekiga** popularisera de manière inédite toute une littérature imagée digne de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac.

Bibliographie non-exhaustive de Noboru Ôshiro :

(Ces titres sont ré-édités par les éditions Shôgakukan – 小学館)

Expédition pour Mars (火星の探検 – Kasei no tanken) / 1940

Une forge joyeuse (愉快な鉄工所 – Yukai na tekkôjo) / 1941

Voyage en train (汽車旅行 – Kisha ryokô) / 1941

*Akahon manga赤本漫画 : Les akahon sont l’équivalent de nos romans de gare. Formé des caractères rouge, et livre, ce sont de petits livres apparus durant l’ère Meiji (1868-1912) à destination du public enfant et  adolescent. Les akahon manga se développèrent de manière significative à partir de 1932 dans la région d’Ôsaka. Les premiers manga d’Osamu Tezuka seront publiés sous cette forme.

**Gekiga劇画 : Terme formé à la fin des années 50 par Yoshihiro Tatsumi (1935- ), il désigne un courant néoréaliste dans la production manga. Le terme (geki) signifie « théâtre », et permet donc de traduire gekiga par « image dramatique », le mettant ainsi en opposition avec les manga, « images dérisoires-comiques », dont Osamu Tezuka est alors le chef de file avec ses story-manga (ストーリ漫画). Le magazine Garo est l’un des titres phares de la presse gekiga des années 60-70.

Extrait de Voyage en train

Sources :

Citations « Oshiro Noburo » sur Google Books

Editions Shôgakukan

Asianbeat est un site Internet dédié à l’information et l’organisation d’évènements autour de la culture populaire japonaise à travers l’Asie. Ce dimanche 15 novembre 2009, le site organisait pour la troisième année consécutive L’Asianbeat Festa dans le parc de Tenjin du centre ville de Fukuoka. Cette convention rassemble des auteurs de dôjinshi (équivalent de nos fanzines), des cosplayeurs et des fans venus chanter leur générique d’animé préféré sur la scène installée au milieu du parc. En venant à cette convention on peut également se faire faire le portrait façon manga, ou bien faire ses emplettes entre les stands de dôjinshi et le marché aux puces de cosplay.

Asianbeat Festa vol.3 - Personnages de Bleach

Les personnages de Bleach

Chose intéressante, le site organise régulièrement des sondages lors de ses manifestations, dans lesquels les visiteurs choisissent leur manga préféré parmi une trentaine de titres. Les résultats de cette édition 2009 ne sont pas encore sorties mais ceux d’un précédent festival, datés de début octobre, ont révélé le palmarès suivant :

Classement général :

1er : One Piece (édité chez Glénat, 51 vol. parus)
2ème : Nodame Cantabile (édité chez Pika édition, 6 vol. parus)
3ème : Détective Conan (édité chez Kana, 60 vol. parus)

Public masculin :

1er : One Piece
2ème : Kosaku Shima
3ème : Kochira Katsushika-ku Kameari Koen Mae Hashutsujo (aka Kochikame)

Public féminin :

1er : Nodame Cantabile
2ème : One Piece
3ème : Détective Conan

source : What’s the Most Popular Manga in Fukuoka?? in Asianbeat.com

Hormis les succès internationaux que sont les titres des classements général et féminin, ceux du public masculin, Kosaku Shima et Kochikame, ne sont pour le moment pas disponibles en france.

Kosaku Shima relate le parcours du jeune salary-man chef de service, Kosaku Shima, dans son ascension vers le poste de PDG de son entreprise. Depuis 1983, cette série connait des séquels au fur et à mesure que le personnage principal gravit les échelons de la hiérarchie. La première série ayant pour titre Chef de service Kosaku Shima, la dernière en date (2008) s’intitule PDG Kosaku Shima.

Kochikame nous entraine dans le quotidien d’un petit poste de police de quartier comme il en existe des milliers à travers le Japon. Les excentricités de ses personnages amusent depuis 1976 ses lecteurs, avec plus de 1600 chapitres et quelques 166 volumes parus ! Il s’agit là de la plus longue série éditée au Japon.

Outre leurs qualités propres, Le succès de ces deux titres tiens au fait qu’ils parlent aux japonais, puisqu’ils semblent être nombreux à s’y retrouver. Toutefois, c’est sûrement pour les mêmes raisons que nous n’avons pas le plaisir de pouvoir les lire en France. Trop imprégnées de ce qui fait le quotidien des japonais, pourrions-nous en comprendre suffisament l’humour et les subtilités pour être autant enthousiasmé que les lecteurs japonais ?

Asianbeat banniere

Sources :

Asianbeat.com

Wikipedia

Bienvenue sur ce nouveau blog entièrement dédié à la création dessinée. Dessin animé, bande dessinée, illustration seront les trois principaux thèmes des publications à venir. Le dessin étant un langage universel, la présentation d’œuvres de tous les continents permettra de découvrir différentes sensibilités, mais aussi d’observer le jeux d’influence entre les artistes.

Kamishibai de rue 01

Pour commencer, quelques mots sur le nom de ce blog : Kamishibai, « théâtre de papier » en japonais. Le mot désigne un chevalet dans lequel un conteur fait défiler des images comme il tournerait les pages d’un livre illustré. Sorte de petits théâtres de rue, les kamishibai apparurent dans la première moitié du XXe siècle. Il connut un vif succès populaire après la crise économique de 1929 et durant la période d’après guerre au Japon. Le pays étant alors plongé dans une grande pauvreté, les conteurs parcouraient les villes avec leur chevalets et des bonbons qu’ils vendaient aux enfants pour se constitué leur revenu. Descendant de l’e-makimono (rouleau peint) apparut durant l’ère Heian (du IXe au XIIe siècle), il perpétue la tradition des récits populaires jusqu’à nos jours, où le kamishibai est toujours utilisé à l’école maternelle et primaire. Aujourd’hui nous le retrouvons jusqu’en France.

Kamishibai de rue 2

A mi-chemin entre le livre illustré et les dessins animés, à une époque où la télévision n’était pas encore là, le kamishibai est quelque part l’ancêtre des manga et dessins animés japonais. De nombreux dessinateurs de kamishibai deviendront mangaka lorsque le succès de leur théâtre de papier diminuera. Parmi les plus célèbres de ces auteurs reconvertis nous trouvons le papa de Kitaro, Shigeru Mizuki, ou le dessinateur de Lone Wolf and Cub, Goseki Kojima.

L’un des tout premier super-héros du XXe siècle est né du kamishibai. Ôgon Bat voit le jour en 1930, et connaîtra de nombreuses adaptations en manga (notamment une par Osamu Tezuka), dessin animé et même une adaptation live en 1966.

L’ambition de ce blog est donc, comme le kamishibai dont il emprunte le nom, d’être au carrefour de plusieurs formes de créations dessinées, pour varier les plaisirs et rendre sa lecture aussi divertissante que possible.

Bonne lecture et à bientôt !

Sources :

Une histoire du kamishibai par J.C. Pommier co-fondateur de la compagnie théâtrale franco-japonaise Pokkowa-pa !

Kamishibai sur Wikipedia

Ôgon Bat / 黄金バット sur Wikipedia

Mise à jour du 12 novembre 2009

Pour ceux qui veulent aller plus loin, Morgan Magnin (président de l’association Univers Partagés) me fait part de la publication de Manga Kamishibai, du théâtre de papier à la BD japonaise aux éditions de la Martinière.

L’auteur, Eric P. Nash (journaliste au New-York Times depuis 1986), y présente une histoire du kamishibai comme ancêtre direct du manga.

Ci-dessous le texte de quatrième de couverture :

Manga Kamishibai Eric P.Nash« Bien avant que robots géants, extraterrestres et autres superhéros masqués n’envahissent les pages des bandes dessinées japonaises, ces personnages animaient régulièrement de leurs exploits les rues du Japon par l’intermédiaire du kamishibai. Cet ouvrage retrace l’histoire de cet art fascinant, aujourd’hui presque disparu, qui a ouvert la voie aux bandes dessinées actuelles et se trouve être à l’origine du manga contemporain. A l’apogée du kamishibai, dans les années 1930, des conteurs itinérants voyageaient de village en village et dépliaient leurs butai (prosceniums miniatures en bois) pour y faire glisser les cartons illustrés. A la fois artistes et journalistes, ils racontaient des histoires extrêmement variées, des aventures pleines d’action aux épopées médiévales en passant par les contes populaires traditonnels, les mélodrames et les nouvelles du soir relatives à la Seconde Guerre mondiale. Un bon conteur ne se contentait pas de raconter une histoire en s’inspirant des illustrations, il jouait tous les rôles en changeant l’inflexion de sa voix, l’expression de son visage. »

Encore merci à Morgan pour l’info.