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Des premiers pictogrammes apparus en Mésopotamie, aux glyphes mayas, en passant pas les fascinants hiéroglyphes égyptiens, les écritures humaines semblent toutes être passées par une mise en images du monde. Ces images ont suivit une lente évolution, passant du stade de pictogrammes à celui d’idéogrammes, puis de phonogrammes, et autres « -grammes », pour en arriver à nos systèmes alphabétiques actuels. Si ces alphabets ont très souvent aboutis à des séries de lettres accompagnées de signes diacritiques, dans certaines régions du monde les « -grammes » font de la résistance. Ainsi, les chinois emploient quotidiennement des milliers de caractères (de 3000 à 5000), que les japonais leurs ont emprunté (environ 2000 dans la langue quotidienne) en les agrémentant de syllabaires pour simplifier l’écriture de leur langue – comme quoi, la simplification est une notion toute relative.

Les caractères chinois (ou sinnogrammes) sont donc eux aussi le résultat d’une lente évolution, partant de signes figuratifs relativement intélligibles, pour peu à peu dérivés vers des signes bien plus abstraits. À titre d’exemple l’évolution du caractère signifiant « cheval » (馬).

Le cheval bien cabré est peu à peu retombé sur ses pattes, et galope aujourdui la crinière au vent, dans une représentation conceptualisée à l’extrême : la partie haute figurant la crinière, sous laquelle quatres points symbolisent les pattes, suivit de la queue clôturant le signe.

Le premier pictogramme à gauche est celui qui nous intéresse aujourd’hui. Il s’agit d’un signe utilisé vers 1300 – 1000 av. J-C, et que les chinois nomment « jiǎgǔwén », et les japonais « kôkotsubun » (甲骨文). Dans la dynastie Shang (du XIIIe au XIe siècle av. J-C) l’écriture d’oracles se faisait sur des os d’animaux, omoplates de cerfs, moutons, boeufs, ou des plastrons (carapace ventrale) de tortues. Tombés dans l’oubli pendant des siècles, la (re)découverte de cette écriture en 1899 est dû à Wan Yirong. Pour se soigner de la malaria, il était allé acheté des « os de dragon », destinés à rentrer dans la préparation d’un remède. Wan Yirong s’apperçut de la présence de signes sur l’os qu’il avait acheté. Et c’est ainsi que fût découverte la plus ancienne forme de l’écriture chinoise.

Visite du zoo

Après ces explications préalables venons-en au vif du sujet : la visite du zoo des sinogrammes. Etant moi-même japonisant, dans les explications données plus bas j’utilise les lectures japonaises des sinogrammes (漢字 – kanji). Il s’agit donc d’une interprétation phonétique nullement définitive, la lecture nippone différant bien souvent de la lecture originelle chinoise, en plus de subir des variations au sein même de la langue japonaise.

La tortue (亀 – kame)

Le singe (猿 – saru)

Le poisson (魚 – sakana)

Le coq, la poule (鶏 – niwatori)

Le scorpion (蠍 – sasori)

Le hibou (木菟 – mimizuku)

L’élephant (象 – zô)

Le renard (狐 – kitsune)

Le kirin (麒麟 – kirin)

Le kirin est un animal mythique oriental comparable à la licorne occidentale. Dieu des animaux à poil, signe d’heureux présages lorsqu’il apparaît, il est de nature bienveillante. On en trouve une évocation dans Princesse Mononoke d’Hayao Miyazaki à travers le dieu-cerf, dieu de la forêt. En japonais on désigne la girafe du nom de « kirin », pour sa ressemblance avec certaines représentations de l’animal mythique.

Le dragon (竜 – tatsu)

Le dragon prends plusieurs formes à travers le monde. Créatures néfastes, associées au feu et à la terre, hantant les grottes d’Europe, ce sont également des créatures bénéfiques, mais néanmoins dangereuses, associées à l’eau et parcourant le ciel d’Orient. La forme de l’ancien signe semble avoir inspiré la créature invoquée dans la série de RPG Final Fantasy de Square-Enix, Léviathan.

Avant de finir, il ne faut pas oublier de rappeler la présence animale dans notre alphabet latin, à travers l’exemple connu du « a » qui, lorsqu’il est retourné – et avec un petit effort d’imagination – nous rappelle ses origines bovines.

Sources :

Une courte explication sur la naissance des caractères chinois

Kodai moji dôbutsuen(古代文字動物園)de Sanjin Jônan (jp)

Omoshiroi hodo yoku wakaru kanji(面白いほどよくわかる漢字)de Yôji Yamaguchi (jp)

Pour aller plus loin :

Site de Sanjin Jônan (eng) (jp)

Si comme moi la vue d’un dessinateur faisant naître des images en un tour de main ne cesse pas de vous fasciner, alors ce billet est pour vous.

Tac au tac est une émission créée par Jean Frapat pour l’ORTF, qui entre 1969 et 1975 proposait d’assister à des joutes graphiques dans lesquelles dessinateurs de presse et de bande dessinée s’affrontaient avec bonne humeur.

L’émission est basée sur le principe du cadavre exquis dessiné dans lequel seule l’extrémité du dessin précédent reste visible au participant suivant, lui permettant ainsi de faire la soudure avec son propre dessin. Mais plutôt que de se contenter de reprendre simplement ce principe de base, Jean Frapat invente plusieurs défis, que les invités relèvent avec brio devant les caméras.

– L’escalade : deux dessinateurs complètent alternativement « une composition »

(Burne Hogarth, Philippe Druillet et John Buscema à New York se présentent en dessin, suivez la flèche → )

– Le motif : quatre dessinateurs improvisent des figures à partir d’un motif imposé 

(Jean Giraud et Jijé nous plongent en plein western à l’heure du café )

– La vision collective : quatre dessinateurs se partagent l’espace d’une fresque sur un thème imposé 

(Giraud, Gotlib, Mandryka et Alexis nous montrent les animaux refusés à l’arche de Noé )

– le piège : un des dessinateurs invente un personnage qui est aussitôt placé en danger par les autres dessinateurs ; à son tour, il intervient par le dessin pour rétablir le personnage.

(Franquin, Morris, Peyo et Roba se jouent des sales tours )

– le cadavre exquis : chaque dessinateur improvise un dessin à l’insu des autres. Seule la partie extérieure droite du dessin reste visible, et dégage un fragment à investir.

(cadavre exquis avec Gébé, Topor, Bretécher et Cardon )

Pascale Cassagnau « Jean Frapat /Les dispositifs dialogiques », Multitudes 5/2010 (HS n° 2), p. 104-113.

Jean Frapat, qui aimait à qualifier son émission de commedia dell’arte grafica, a offert aux téléspectateurs de l’époque l’occasion de découvrir la naissance de dessins sous le crayon d’artistes qui marqueront de leur empreinte le monde de la bande dessinée et du dessin de presse des années 70.

Nous pouvons aujourdui revivre ces moments magiques grâce au site de l’INA sur lequel les Pratt, Jean Gireau, Franquin, Topor, Gébé et bien d’autres rejouent cette commedia dell’arte grafica par la magie de la fée streaming. À regarder sans modération !

Pour aller plus loin :

Tac au tac sur le site de l’INA

Article sur le livre Tac au tac sur le blog Plan B(D)

Sources :

Liste des émissions visibles en ligne sur BD Gest’

Article du Spirou du 17 août 1972 consacré à Tac au tac sur le blog Plan B(D)

Pascale Cassagnau « Jean Frapat /Les dispositifs dialogiques »