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Walikyrie, Odin, Fafnir, les Nibelungen, autant de noms mythiques que nous sommes nombreux à connaître sans vraiment savoir les associer à des récits clairement établis dans notre esprit. C’est dans cet interstice de notre mémoire collective qu’Alex Alice se glisse pour nous offrir sa vision du destin de l’un de ces personnages légendaires : Siegfried.

C’est l’histoire d’un jeune garçon élevé au coeur d’une sombre forêt. Il s’appelle Siegfried. Celui qui veille sur son destin s’appelle Mime et est l’un des derniers Nibelung.

Siegfried ne connaît rien du monde des hommes. Il n’a pour seuls compagnons que quelques loups. Il n’a qu’un désir : connaître ses véritables parents et partir à la découverte des humains.

Mais il n’est pas le maître de son destin. Odin le Dieu des dieux, veut l’envoyer combattre Fafnir, ce dragon qui vit retranché sous la terre et possède tout l’Or du Rhin…

Ce motif du héros orphelin cheminant sur un parcours personnel tourmenté par les desseins d’entités omniscientes a été repris maintes fois dans les oeuvres modernes : Frodon, Thorgal, Luke Skywalker ou encore Harry Potter. L’originalité de Siegfried, et ce qui a séduit l’auteur, c’est qu’il s’agit de « l’histoire de l’absence de mentor. [Siegfried] c’est le grand héros, mais qui n’a personne pour le guider, et qui va devoir se construire tout seul ». Le Siegfried d’Alex Alice est donc un héros qui va devoir accomplir une quête d’identité inévitablement contrainte par les calculs divins, seul face au Dieu des dieux.

Relecture(s)

La matière à rêve que constitue une légende tel que l’Anneau des Nibelungen aura connue jusqu’à présent l’interprétation de nombreux artistes : l’illustrateur Arthur Rakham , l’écrivain J.R.R. Tolkien , le réalisateur Fritz Lang , le mangaka Leiji Matsumoto , Druillet en tant que designer de jeu vidéo . Les mythes et légendes sont fait pour être triturés, maltraités, bref interprétés par les artistes de toutes les époques. La Chanson des Nibelungen, issue d’un enchevêtrement d’éléments historiques et de mythes scandinaves, ne fait pas exception. « Je me concentre sur l’histoire de Siegfried, […] je ne m’adresse pas du tout aux spécialistes des mythes nordique, ou aux spécialistes de Wagner ; je m’adresse aux gens qui comme moi […] partage ma fascination pour ce genre d’univers » déclare Alex Alice dans une interview. C’est peut-être cela que l’on attends des créateurs quand ils se penchent sur des grands mythes : s’échapper du cadre rigide réservé aux exégètes, pour entraîner avec eux les profanes que nous sommes, et les faire rêver.

C’est ce qu’accomplit magistralement Alex Alice avec son Siegfried.

Ça bouge !

Depuis l’origine du projet, Alex Alice pense Siegfried sous deux formes : bande dessinée et animation. Claire Wendling (Les lumières de l’Amalou) et Mathieu Lauffray (Le serment de l’ambre, Long John Silver) comme directeur artistique seraient impliqués dans le projet. Maintenant que le troisième et dernier tome de la série est sorti, la production devrait débuter sous peu. Pour nous donner un avant goût, un trailer a été produit en 2004 par le studio Bibo Films (French Roast, Un monstre à Paris).

Le choix de l’animation traditionnelle en 2D a été retenu par l’auteur pour sa force de sublimation : « La technique 3D simule la réalité, avec des lois simplifiées ou modifiées. Le dessin animé, lui, sublime la réalité. En quelques traits, on peut évoquer une femme d’une incroyable beauté en laquelle le spectateur projettera son idée de la beauté alors qu’un personnage en 3D restera une poupée, une marionnette sophistiquée. ».

Siegfried est donc un projet hybride ayant probablement influencé le trait d’Alex Alice, qui gagne en rondeur et en épure par rapport à sa série Le Troisième Testament. Si l’on retrouve l’inventivité des planches de la bande dessinée dans l’animation du film à venir, on ne peut qu’être impatient de voir le résultat final.

Sources :

Site officiel Siegfried des éditions Dargaud

Interview du 1 octobre 2007

Interview donnée à Angoulême 2010

Interview de Mathieu Lauffray pour BD Maniac

Catsuka

Pour aller plus loin :

Blog d’Alex Alice

Peepo Choo est une bande dessinée écrite au Japon par Felipe Smith, un auteur américain d’origine jamaïco-argentine. Mais alors… c’est un comics ? Une historieta ? Un manga ? Du fait même du brassage culturel que représente son auteur, toutes ces appellations n’ont plus court ici. Nous allons donc tout simplement parler de bande dessinée.

”Peepo peepo, chu chu ?”

Peepo Choo, c’est l’histoire de plusieurs personnages, américains et japonais, qui vont être amenés à confronter leurs visions fantaisistes du pays étranger à la réalité.

Côté américain, nous avons d’abord Milton, jeune otaku américain rêvant d’aller au Japon, employé d’une librairie de manga et de comics, inconditionnel de la série animé Peepo Choo mettant en scène un personnage… très pikachuesque (absurde). Viens ensuite le propriétaire de la librairie, Gill, un malabar terrifiant, également tueur professionnel au look jasonesque (Vendredi 13). Puis Jody, autre employé de la librairie, détestant tout autant les fans de comics que leurs homologues otakus, épatant la gallerie en faisant passer ses visionnages de vidéos pornos de la veille pour des expériences réelles. Ce trio américain improbable va décoller pour le Japon le jour où Milton gagne un voyage pour l’archipel nippon lors d’une loterie organisée par la librairie. Il s’agit en fait d’une couverture pour son patron Gill, qui va ainsi se rendre à Tokyo pour un contrat sur un yakuza.

Si la partie américaine est haute en couleurs, le japon n’est pas en reste. D’abord le yakuza Morimoto Rockstar, complètement fan de tout ce qui se rapporte à la culture américaine, et particulièrement aux gangs américains. Ensuite Miki “busaiku” Tanaka (Miki “Laideron” Tanaka), lycéenne régulièrement persécutée par d’autres élèves, elle est fan d’anime et collectionne des poupées gothiques. Enfin Reiko, élève dans le même lycée que Miki, elle pose en bikini pour des magazines de manga, Elle ne semble pas être appréciée des autres élèves, à l’exception notable de Miki qui la considère comme sa seule amie, chose dont elle semble se moquer éperdument.

C’est donc la rencontre de toute cette gallerie de personnages que nous suivont dans ce manga vraiment bien rythmé et complètement loufoque. Le côté humoristique des personnages comme Milton ou Jody est sans cesse contrebalancé par les passages mettant en scène yakuzas et autres tueurs professionnels. Pour ceux que la violence rebute, il faut bien préciser que celle qui saute aux yeux lorsque l’on feuillette ce titre n’est jamais gratuite. Et comme le dit l’auteur lui-même (eng), chaque scène trouve son bien-fondé dans le développement psychologique des personnages. Ce verni de violence, que l’on pourra trouver parfois excessive, souligne peut­-être aussi les visions tronquées de la réalité dans lesquelles évoluent les protagonistes, et dont ils parviendront peut-être à se défaire au cours de l’histoire… ou pas.

Pour les lecteurs anglophones, l’éditeur américain Vertical propose les trois volume de la série.

Américano-jamaïco-argentin nippophone 

Felipe Smith est né en 1978 aux États-Unis d’un père jamaïcin et d’une mère argentine. Élevé en Argentine, il retourne finir ses études dans son pays natal et sort diplômé de la School of the Art Institute of Chicago (eng) en 2000. Tout en finissant ses études, il travaille comme animateur, designer et illustrateur, et publie sa première série en 2005, MBQ, chez Tokyopop, déjà dans un format manga. Felipe Smith s’inspire de sa vie à Los Angeles pour écrire cette histoire.

Lors du Comic-Con (eng) de San Diego en 2008, il présente son projet Peepo Choo à un éditeur de la Kôdansha. Il lui parle de son désir de publier au Japon une série pas spécifiquement adressée aux lecteurs japonais, mais de tous horizons. L’idée séduit son interlocuteur, et cette entrevue détermine son depart pour le Japon la même année. Il passera les deux années suivantes à l’écriture de Peepo Choo, prépublié dans le magazine Morning 2 de la Kodansha.

En attendant de voir arriver un nouveau titre de Felipe Smith, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil à son portfolio en ligne, dans lequel des illustrations aux techniques et ambiances très différentes nous promettent le meilleur pour la suite.

À noté que jusqu’au 5 janvier 2012, les travaux de Felipe Smith sont visibles dans une exposition intitulée “Manga style, North America” (eng) au Musée international du manga de Kyôto (jp).

Pour aller plus loin :

Interview publiée en 2010 sur le site américain About.com (eng)

Présentation de Peepo Choo par son auteur à la télévision japonaise (jp)

Portfolio en ligne (eng)

Site promotionnel dédié à MBQ (eng)


Louis Riel l'insurgé chez CastermanConstruction d’une nation

Trop souvent dans notre vision contemporaine franco-française du Canada, ce pays est partagé entre un territoire anglophone et francophone. Cette vision bipolaire ne rend pas honneur à ceux qui contribuèrent à bâtir la nation canadienne : les Metis de la province de Manitoba. A travers la biographie de celui qui s’insurgeât contre le despotisme de la nation Canadienne au XIXème siècle sur ces peuples autochtones, Chester Brown nous invite à découvrir une partie de l’histoire de ces résistants, descendants à la fois des Européens et des Amérindiens.

Louis Riel l’insurgé retrace la lutte de cet homme qui, refusant les traités iniques des canadiens anglophones, consacra sa vie à défendre les terres de ses ancêtres, descendants des premiers colons européens ayant trouvé une certaine harmonie en s’étant mêlés aux amérindiens. La suite des évènements décrits dans cette bande dessinée couvre seize années de résistance, ponctuées de luttes armées et de périodes d’exiles, la brièveté des premières étant inversement proportionnelles à la longueur des secondes, l’insurrection à son prix.

A propos de la création de l’album Louis Riel, des choix graphiques et narratifs fait par Chester Brown, je vous conseils la lecture de l’interview donnée au site du9 en 2004. Nous y apprenons notamment le désir de l’auteur de traité des abus de pouvoirs des autorités (il se déclare lui-même libertarien), mais également sont refus de verser dans le mélodramatique. Pour garder cette distance nécessaire à une vision objective des événements décrits, l’auteur « limite l’utilisation de plans rapprochés et garde toutes les cases à la même taille ». C’est de là que découle l’usage du fameux gaufrier et d’un graphisme très ligne claire, qui au-delà du simple rendu esthétique, contribue dans une certaine mesure à limiter la charge émotionnelle du dessin.

Chester Brown

Auteur Canadien de langue anglaise né en 1960, Chester Brown fait partie de cette génération d’auteurs (Seth, Joe Matt, Adrian Tomine, etc.) qui poursuivent la voie de l’underground du comics nord américain tracée par les Robert Crumb, Gilbert Shelton et tous les autres. Si le ton iconoclaste des aînés a laissé place à plus de gravité, il n’en garde pas moins cette envie de bousculer les lecteurs.

Bibliographie non-exhaustive de Chester Brown :

Je ne t’ai jamais aimé / 2001 / Les 400 coups

Le Playboy / 2001 / Les 400 coups

Louis Riel l’insurgé / 2004 / Casterman

Pour aller plus loin :

Interview de Chester Brown sur du9

Biographie de Louis Riel sur le Dictionnaire biographique du Canada en ligne

Vous avez lu et aimé ? Alors allez zyeuter par là :

Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, de Howard Zinn et/ou son adaptation en BD intitulée Une histoire populaire de l’empire américain par Mike Konopacki

Le gouvernement provisoire métis de décembre 1869

 

Bastien Vivès à décidément le talent de nous surprendre à chaque nouvelle histoire. Après les premiers émois amoureux des jeunes filles de Elle(s), la rémission de l’autisme de son jeune héros dans Hollywood Jan, et une rencontre en pointillé dans Le Goût du chlore, il nous entraine cette fois-ci dans une expérience immersive, à la naissance du sentiment amoureux.

Dans mes yeux propose de suivre la rencontre du narrateur avec une jeune étudiante de son université en vue à la première personne. C’est donc nous, lecteurs, qui faisont l’expérience de cette rencontre. Poussant l’immersion jusqu’à nous faire imaginer les paroles du jeune homme, il permet à chacun de ses lecteurs d’avoir une lecture différente selon sa sensibilité, et selon l’humeur du moment, d’être narrateur ou simple spectateur.


Graphiquement cet album détonne des précédents, dans lesquels la mise en couleur se faisait en aplat. Cette fois-ci, les crayons de couleurs rendent une vision de la réalité sous le prisme d’un regard amoureux. Seul les traits de la jeune femme restent tangibles, tandis que l’environnement se brouille pour ne laisser que l’essentiel.

Si vous voulez continuer à être surpris par ce jeune auteur plein de talent, allez découvrir son blog Comme quoi, où il poste régulièrement des strips, en attendant de découvrir en librairie son prochain titre, Le maitre de danse, prévu pour cette année chez KSTR.

Expédition pour Mars (火星探検 – Kasei tanken) est un manga publié pour la première fois en 1940 chez Nakamura shoten (中村書店). Pour la bande dessinée japonaise, les années 40 sont une période charnière. Elles marquent la fin d’un certain style empruntant graphisme et histoire aux publications occidentales. Les dessins de presse humoristiques et les premières bandes dessinées nées durant l’ère Meiji (1868-1912) ayant eu pour initiateurs des dessinateurs tels que l’anglais Charles Wirgman (1832-1891) ou le français Georges Ferdinand Bigot (1860-1927). La première moitié du XXème siècle voit des histoires très influencées : volonté de créer des livres éducatifs, thèmes et univers empruntés à l’imaginaire occidental. Comme le japonisme a inspiré nos peintres français, l’occident est source d’inspiration et les histoires baignent dans cette atmosphère exotique.

Le dessinateur Noboru Ôshiro nait à Tôkyô en 1905, année de la création de Little Nemo par Winsor McCay de l’autre côté du Pacifique.

Ses manga sont publiés à partir de 1930, décennie qui vît fleurir les akahon manga*, et font donc partie de ceux qui nourrirent l’imaginaire des auteurs de la génération d’Osamu Tezuka (Astroboy, Phenix) et de Reiji Matsumoto (Galaxy Express 999, Capitaine Harlock). La réédition de 2003 propose d’ailleurs en fin de volume de nombreux textes à propos de l’oeuvre, notamment un entretien entre Noburo Ôshiro, Reiji Matsumoto et Osamu Tezuka, extrait de Oh ! Manga, publié au Japon en 1982.

L’histoire de Noboru Ôshiro et Tarô Asahi emprunte une partie de sa trame aux voyages nocturnes de Little Nemo. Au début de son histoire le jeune Tentarô Hoshino, accompagné de sa chatte Nyanko et de son petit chien Pichi, rends visite à son père astrophysicien dans son observatoire. Le soir même, tous les trois s’endorment encore tout excités de ce qu’il viennent d’apprendre qu’il pourrait y avoir de la vie sur Mars. C’est un groupe de petits bonshommes ayant tout l’air d’extra-terrestres qui viennent les réveiller pour leur faire visiter leur monde. Lorsqu’ils pointent le nez dehors, c’est pour découvrir un paysage incroyable de grands immeubles élancés vers le ciel. Au milieu de ce paysage, une foule de petites créatures identiques à leurs hôtes flottent dans les airs, « [se posant] sur les toits des immeubles comme des oiseaux » s’extasie Nyanko. Ils sont sur Mars. Mais tous les trois tombent malade après avoir mangé les pépins des tomates de leur déjeuner, seul et unique nourriture des martiens. Ils s’échappent de leurs mise en quarantaine où les médecins martiens les avaient confinés jusqu’à complète guérison, dans un millier d’année. Le retour sur terre se fait à bord d’un astronef qui explose dans le ciel terrien, et le saut en parachute qui s’ensuit se finit…

…en tombant du lit !

Les manga créés durant cette période furent les derniers d’une époque, avant que n’arrive la révolution Osamu Tezuka avec la publication de La nouvelle île au trésor (新宝島 – shin takarajima) en 1947, puis sa trilogie Lost World en 1948, Metropolis en 1949 puis Nextworld en 1951. Le traumatisme des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, ainsi que la période de grande pauvreté que connaîtrat le pays après guerre, feront naître la science-fiction japonaise tels que nous la connaissont aujourd’hui, ainsi que des récits plus ancrés dans les réalités de notre monde, dont le courant nommé gekiga** popularisera de manière inédite toute une littérature imagée digne de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac.

Bibliographie non-exhaustive de Noboru Ôshiro :

(Ces titres sont ré-édités par les éditions Shôgakukan – 小学館)

Expédition pour Mars (火星の探検 – Kasei no tanken) / 1940

Une forge joyeuse (愉快な鉄工所 – Yukai na tekkôjo) / 1941

Voyage en train (汽車旅行 – Kisha ryokô) / 1941

*Akahon manga赤本漫画 : Les akahon sont l’équivalent de nos romans de gare. Formé des caractères rouge, et livre, ce sont de petits livres apparus durant l’ère Meiji (1868-1912) à destination du public enfant et  adolescent. Les akahon manga se développèrent de manière significative à partir de 1932 dans la région d’Ôsaka. Les premiers manga d’Osamu Tezuka seront publiés sous cette forme.

**Gekiga劇画 : Terme formé à la fin des années 50 par Yoshihiro Tatsumi (1935- ), il désigne un courant néoréaliste dans la production manga. Le terme (geki) signifie « théâtre », et permet donc de traduire gekiga par « image dramatique », le mettant ainsi en opposition avec les manga, « images dérisoires-comiques », dont Osamu Tezuka est alors le chef de file avec ses story-manga (ストーリ漫画). Le magazine Garo est l’un des titres phares de la presse gekiga des années 60-70.

Extrait de Voyage en train

Sources :

Citations « Oshiro Noburo » sur Google Books

Editions Shôgakukan