Expédition pour Mars (火星探検 – Kasei tanken) est un manga publié pour la première fois en 1940 chez Nakamura shoten (中村書店). Pour la bande dessinée japonaise, les années 40 sont une période charnière. Elles marquent la fin d’un certain style empruntant graphisme et histoire aux publications occidentales. Les dessins de presse humoristiques et les premières bandes dessinées nées durant l’ère Meiji (1868-1912) ayant eu pour initiateurs des dessinateurs tels que l’anglais Charles Wirgman (1832-1891) ou le français Georges Ferdinand Bigot (1860-1927). La première moitié du XXème siècle voit des histoires très influencées : volonté de créer des livres éducatifs, thèmes et univers empruntés à l’imaginaire occidental. Comme le japonisme a inspiré nos peintres français, l’occident est source d’inspiration et les histoires baignent dans cette atmosphère exotique.

Le dessinateur Noboru Ôshiro nait à Tôkyô en 1905, année de la création de Little Nemo par Winsor McCay de l’autre côté du Pacifique.

Ses manga sont publiés à partir de 1930, décennie qui vît fleurir les akahon manga*, et font donc partie de ceux qui nourrirent l’imaginaire des auteurs de la génération d’Osamu Tezuka (Astroboy, Phenix) et de Reiji Matsumoto (Galaxy Express 999, Capitaine Harlock). La réédition de 2003 propose d’ailleurs en fin de volume de nombreux textes à propos de l’oeuvre, notamment un entretien entre Noburo Ôshiro, Reiji Matsumoto et Osamu Tezuka, extrait de Oh ! Manga, publié au Japon en 1982.

L’histoire de Noboru Ôshiro et Tarô Asahi emprunte une partie de sa trame aux voyages nocturnes de Little Nemo. Au début de son histoire le jeune Tentarô Hoshino, accompagné de sa chatte Nyanko et de son petit chien Pichi, rends visite à son père astrophysicien dans son observatoire. Le soir même, tous les trois s’endorment encore tout excités de ce qu’il viennent d’apprendre qu’il pourrait y avoir de la vie sur Mars. C’est un groupe de petits bonshommes ayant tout l’air d’extra-terrestres qui viennent les réveiller pour leur faire visiter leur monde. Lorsqu’ils pointent le nez dehors, c’est pour découvrir un paysage incroyable de grands immeubles élancés vers le ciel. Au milieu de ce paysage, une foule de petites créatures identiques à leurs hôtes flottent dans les airs, « [se posant] sur les toits des immeubles comme des oiseaux » s’extasie Nyanko. Ils sont sur Mars. Mais tous les trois tombent malade après avoir mangé les pépins des tomates de leur déjeuner, seul et unique nourriture des martiens. Ils s’échappent de leurs mise en quarantaine où les médecins martiens les avaient confinés jusqu’à complète guérison, dans un millier d’année. Le retour sur terre se fait à bord d’un astronef qui explose dans le ciel terrien, et le saut en parachute qui s’ensuit se finit…

…en tombant du lit !

Les manga créés durant cette période furent les derniers d’une époque, avant que n’arrive la révolution Osamu Tezuka avec la publication de La nouvelle île au trésor (新宝島 – shin takarajima) en 1947, puis sa trilogie Lost World en 1948, Metropolis en 1949 puis Nextworld en 1951. Le traumatisme des deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, ainsi que la période de grande pauvreté que connaîtrat le pays après guerre, feront naître la science-fiction japonaise tels que nous la connaissont aujourd’hui, ainsi que des récits plus ancrés dans les réalités de notre monde, dont le courant nommé gekiga** popularisera de manière inédite toute une littérature imagée digne de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac.

Bibliographie non-exhaustive de Noboru Ôshiro :

(Ces titres sont ré-édités par les éditions Shôgakukan – 小学館)

Expédition pour Mars (火星の探検 – Kasei no tanken) / 1940

Une forge joyeuse (愉快な鉄工所 – Yukai na tekkôjo) / 1941

Voyage en train (汽車旅行 – Kisha ryokô) / 1941

*Akahon manga赤本漫画 : Les akahon sont l’équivalent de nos romans de gare. Formé des caractères rouge, et livre, ce sont de petits livres apparus durant l’ère Meiji (1868-1912) à destination du public enfant et  adolescent. Les akahon manga se développèrent de manière significative à partir de 1932 dans la région d’Ôsaka. Les premiers manga d’Osamu Tezuka seront publiés sous cette forme.

**Gekiga劇画 : Terme formé à la fin des années 50 par Yoshihiro Tatsumi (1935- ), il désigne un courant néoréaliste dans la production manga. Le terme (geki) signifie « théâtre », et permet donc de traduire gekiga par « image dramatique », le mettant ainsi en opposition avec les manga, « images dérisoires-comiques », dont Osamu Tezuka est alors le chef de file avec ses story-manga (ストーリ漫画). Le magazine Garo est l’un des titres phares de la presse gekiga des années 60-70.

Extrait de Voyage en train

Sources :

Citations « Oshiro Noburo » sur Google Books

Editions Shôgakukan

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