L’écrivain aux 1001 nouvelles

Shinichi Hoshi (eng) est un écrivain nouvelliste à l’imagination infinie et aux histoires qui font mouche. Auteur de plus de 1000 nouvelles de science-fiction, appelées « Short-short » (de l’anglais « Short-short stories») au Japon, il écrit aussi bien pour les enfants que pour les adultes, en passant par les adultes ayant gardé une âme d’enfant. Considéré comme l’un des plus grands nouvellistes japonais moderne, on retrouve ses oeuvres jusque dans les manuels scolaires, dans lesquelles ses récits, proposant un regard critique sur la société et les hommes, invitent les élèves à la réflexion.

À travers une écriture simple et sans fioritures, il sait apporter à la fois profondeur et humour à ses histoires pour captiver tous les publics. En plus de réussir l’exercice délicat de fédérer les lecteurs de tout ages, il travaille sur le format de la nouvelle, une forme de littérature qui doit se pratiquer à cadence importante pour qui veut sortir des collectifs et ainsi voir ses propres recueils de nouvelles édités.

L’un des ressort de la nouvelle étant la surprise, elle demande une force d’imagination considérable pour pouvoir être pratiquée sur la durée en évitant l’écueil de la répétition :

« Écrire un roman de plus de 250 pages est à la portée de n’importe quel écrivain plus ou moins doué […] Mais écrire 270 contes, généralement brefs, c’est une autre histoire. Ce n’est plus une question de cadence, mais d’inspiration, cela demande 270 idées. »

Jacques Sternberg préface aux Contes glacés, 1974

Le grand nouvelliste belge Jacques Sternberg ne s’y trompait pas, ayant lui-même dépassé la barre symbolique des 1000 histoires. Le rappel de cette petite règle pleine de bon sens donne la mesure du pouvoir d’imagination exceptionnel de Shinichi Hoshi.

Les nouvelles de Hoshi sont régulièrement mises en image par des artistes dans les moyens d’expressions les plus divers : illustrations, animations, bandes dessinées ou encore courts-métrages.

Short-short animations

Parmi les adaptations animées les plus connues nous trouvons la série des courts-métrages produite par la NHK, diffusée et rediffusée depuis 2008 dans l’émission Le théâtre des short-short de Shinichi Hoshi (星新一ショートショート劇場). Aujourd’hui disponibles en coffret DVD, les 5 galettes de la NHK renferment de petits trésors d’animation, qui ont par ailleurs tournés dans de nombreux festivals au Japon et à travers le monde ces dernières années (Emmy Awards aux États-Unis, World Media Festival d’Hambourg, le festival d’Annecy en France ou le Montréal Film Festival), ne manquant pas de rafler quelques prix au passage.

Sur un total de 50 courts, des réalisateurs aux univers graphiques très différents se côtoient, ajoutant ainsi au plaisir de découvrir les histoires savamment concoctées par Shinichi Hoshi, celui de découvrir différentes facettes de l’animation japonaise.

Studio Pantograph, Ohé ! Sort de là ! おーい でてこーい

Dans ce foisonnement de courts nous trouvons les oeuvres du studio Pantograph (Ohé ! Sort de là ! おーい でてこーい, Le professeur et le robot 博士とロボット, Le téléphone gratuit 無料の電話機) avec des personnages très mignons – rappelant les jouets en bois du français André Hellé – animés en image par image. Le studio réalise par ailleurs des jaquettes de CD, dioramas, statuettes et autres publicités en animation (visibles sur le compte Youtube du studio)

Ryû Kato, Dinosaures d’après-midi 午後の恐竜

Autres courts, autre univers graphique, les adaptations de Ryû Katô (Les dieux 神, Dinosaures d’après-midi 午後の恐竜, Le commencement はじまり) – également présent sur Youtube – font d’avantage ressortir le côté étrange du monde dans lequel évoluent les personnages de Hoshi.

Studio 4ºC, Un robot capricieux きまぐれロボット

En 2004 c’est le studio 4ºC (jp / eng) qui réalise Un robot capricieux きまぐれロボット (eng), une série de 10 épisodes de 2 minutes supervisée par Yoshiharu Ashino (eng) (Tweeny Witches (eng), First Squad), permettant à certains animateurs du studio de passer à la réalisation.

Tadanari Okamoto, Un étrange médicament ふしぎなくすり

Entre 1965 et 1970 déjà les nouvelles de Shinichi Hoshi étaient mises en mouvement par Tadanari Okamoto (eng) (The restaurant of many orders) dans des courts-métrages que l’on peut retrouver dans l’édition DVD rassemblant ses travaux.

Short short mangas

Les histoires de Shinichi Hoshi se déclinent aussi en manga. Plusieurs compilations d’histoires mises en image par différents mangakas ont été éditées chez Akita shoten (jp). Au volet des anecdotes, parmi les mangakas renommés nous trouvons Tsukasa Hôjô (Cat’s eye, City Hunter), qui à l’époque du collège avait choisi d’adapter la nouvelle Un réseau de voix 声の網, une adaptation qui restera finalement inachevée.

Découvrir Shinichi Hoshi

La fée streaming nous permet de découvrir les petits trésors d’animation que Shinichi Hoshi a inspiré, et continue d’inspirer aux animateurs. Les sites Youtube ou Nico Nico Douga (nécessitant de s’inscrire pour voir les vidéos) hébergent quelques unes de ces adaptations. Le meilleur moyen de découvrir ces oeuvres dans des conditions idéales restant bien entendu les DVD en coffret ou à l’unité.

Côté lecture, Shinichi Hoshi a été édité en très peu de langues, et en français seulement 2 nouvelles semblent avoir été publiées dans des revues et anthologies de S.F. à la fin des années 70… autant parler d’incunables ! Si les anglo-saxons, chinois, coréens et tchèques ont la chance de lire cet auteur dans leur langue maternelle, les français devront donc se contenter de quelques titres en japonais vendus à la Librairie Junku à Paris pour les nippophones – le japonais de Shinichi Hoshi étant très accessible, je le conseille à tous les japonisants ! – ou bien sur les versions numériques en anglais (eng) de l’éditeur japonais Biglobe publishing pour les anglophones.

Outre les nombreux recueils regroupant les nouvelles par thèmes, l’éditeur Shinchosha à eu la très bonne idée de regrouper les short-short de Hoshi en trois volumes intitulés Les 1001 short-short de Shinichi Hoshi 星新一ショートショート1001.

Pour tous les fans de nouvelles fantastiques ou de S.F. ayant lu et aimé les Richard Matheson, Jacques Sternberg, Fredric Brown, sans oublié le père des lois de la robotique Isaac Asimov, je ne peux que recommander de découvrir les histoires de Shinichi Hoshi, un auteur inventif et plein de surprises.

Sources :

Le site officiel de Shinichi Oshi (jp / eng)

Mata-Web « Tsukasa Hôjô et ses oeuvres »

Pour aller plus loin :

Si vous avez aimez, alors allez jeter un oeil à ces bouquins :

Fantômes et Farfafouilles, Fredric Brown, Folio (Peut-être le plus proche de Hoshi par sa fantaisie)

188 contes à régler, Jacques Sternberg, Folio (Génie de la micro-nouvelle soupoudrée d’humour noir)

La maison enragée, Richard Matheson, Librio (Flirtant avec l’univers terrifiant de Lovecraft)

Grue des étoiles 星鶴 (eng), oiseau imaginaire créé par Shinichi Hoshi lors d’une séance de dédicace

Le concept de « Art Here » est de prendre un grand panneau de 10×15 m, d’ordinaire réservé à un usage publicitaire, et d’y afficher une illustration réalisée sur un thème imposé, avec comme fil conducteur « Faire battre le coeur de la ville et de ses habitants » (人をワクワク、街をワクワク).

Lancé en 2010 avec l’entreprise Waku waku communications (jp) (à l’origine du site de rencontre Waku Waku mail ワクワクメール) comme sponsor, le thème de la première édition était « Faisons battre le coeur des rues de Fukuoka » (福岡のストリートをワクワクさせよう).

2011 : Just like a rolling stone

Parmi les quelques 425 candidats de cette première édition, 30 nominés furent retenus. Outre le prix or remis au grand gagnant, 4 prix argent et 1 prix fleur sont remis aux cinqs oeuvres suivantes qui apparaîtront sur de plus petits panneaux, juste en dessous du grand gagnant.

Human wave de Rei Tanigawa, prix platine 2011

C’est d’abord l’illustration Human Wave de Rei Tanigawa – a mi-chemin entre la vague de Hokusai et les personnages de Keith Haring (eng) – qui fut choisie pour le grand prix or, mais suite à la tragédie du tremblement de terre de mars 2011, elle fut remplacée par Just like a rolling stone de Ryohei Yamashita. Human Wave reçut tout de même le prix platine.

Just like a rolling stone de Ryohei Yamashita, prix or 2011

Ryohei Yamashita a habité pendant 28 ans à Fukuoka, et a cherché à retranscrire visuellement sont impression laissée par la ville.

Jury 2012

Dans le jury 2012 nous trouvons le directeur artistique d’Art here, Katsumi Asaba (jp)  un graphiste ayant réalisé de nombreuses publicités et logos. Il est par ailleurs membre du conseil d’administration de la JAGDA (jp) (Japan Graphic Designers Association), et représente le Japon à l’AGI (eng) (l’Alliance Graphique Internationale). Le publicitaire Yoshihiro Iwanaka, rédacteur en chef de l’agence Rox Company, et l’architecte Masato Hirose, engagé dans plusieurs projets d’urbanismes avec la mairie de Fukuoka, complètent le jury.

Thème 2012 : « Liens ・ きづな»

Pour cette seconde édition le thème retenu est « Liens » (絆). Les liens qui relient nos esprits (気綱), les liens d’amour, d’amitié. C’est sur ce thème que 360 candidats ont relevé le défi de continuer à faire vibrer le coeur de Fukuoka et de ses habitants.

Cette année les internautes sont invités à choisir parmi les 30 nominés l’illustration qu’ils aimeraient voir prendre place sur le panneau à partir de mai 2012. Vous avez jusqu’au 29 février pour découvrir les nominés sur cette page, et choisir votre illustration préférée.

Mes trois illustrations préférés :

Fresh green no mori・フレッシュグリーンの森

Kyûshutsu・救出 (sauvetage)

Life is for circle !!

Sources :

Art here, site officiel

Reportage sur la remise des prix Waku waku grandprix en mai 2011 (jp)

Pour aller plus loin :

Site de Ryohei Yamashita

Le boucan à bec caréné d’Alain Thomas dans les rues de Nantes

 

Ivan Iakovlevitch Bilibine est un illustrateur russe connu pour ses mises en images de contes et légendes Russe dans la première moitiée du XXe siècle.

Après avoir finit ses études artistiques entre Saint-Petersbourg et Berlin, il est envoyé entre 1902 et 1904 dans des régions du nord de la Russie occidentale afin de récupérer du matériau ethnographique pour le musée Alexandre III. Ces deux années passées dans ces régions vont le familiariser avec le folklore russe qu’il illustrera à maintes reprises durant sa carrière, notamment en mettant en image les recueils de contes de Alexandre Afanassiev – parfois comparé aux frères Grimm pour son impressionnant travail de collecte de contes populaires.

Carte postale, 1904

Diaspora russe à Paris

Après la révolution russe de 1917 il quitte la Russie et arrive à Paris en 1925. Il y passera une dizaine d’années durant lesquelles il continuera d’illustrer les contes russes, notamment pour la collection du Père Castor – dans laquelle les contes du monde slave et ses artistes sont bien représentés – et participera avec ses compatriotes artistes de la diaspora russe à la création de décors pour l’Opéra russe.

Mir iskusstva : Le monde de l’art

C’est également en 1917 qu’il devient président de la revue artistique d’avant garde Le monde de l’art – Mir iskusstva (eng), créée en 1898 par Serge de Diaghilev, plus tard créateur des Ballets russes. Cette revue donne son nom aux membres d’un mouvement artistique : les miriskusniki. Ils cherchent à se détacher du réalisme russe des Ambulants de la fin du XIXe en s’inspirant du symbolisme et de l’art nouveau, cherchant ainsi préserver l’héritage des Romantiques.

Le style Bilibine

Ce qui rend les illustrations de Bilibine si précieuses, c’est la force qui s’en dégage. Ses aplats de couleurs, cernés de traits noirs très nets, lui permettent de faire ressortir les différents éléments de son dessin. Particulièrement ses personnages, qui quelque soit leur pose, solennelle ou triviale, imposent par leur présence. Ses motifs ornementaux donnent des allures d’enluminure à ses illustrations, et finissent d’ancrer ses images dans la culture slave de part les motifs qu’il utilise.

Sombre nuit, Vassilissa la très belle, 1900

Baba-yaga, Vassilissa la très belle, 1900

Le Tsar Saltan écoute aux fenêtres, Le conte du Tsar Saltan, 1905

Un faucon se change en vaillant guerrier, Maria des mers, 1911

Parallèles en vrac

En cherchant dans les inspirations de Bilibine, on peut trouver Louis-Maurice Boutet de Monvel, connu pour son fameux travail sur Jeanne d’Arc. À titre de comparaison avec un quasi-contemporain de son époque, le dessinateur américain Winsor McCay est lui aussi influencé par l’art nouveau, et on retrouve donc entre les deux artistes une filiation commune. Parmi ceux qu’il a inspiré, on peut citer le réalisateur de film d’animation russe Lev Atamov (eng) notamment dans La Rose écarlate (ru) de 1952, film de la période du réalisme socialiste soviétique (eng).

Sources :

Article Ivan Bilibine sur Wikipedia

Ivan Bilibine sur Russie.net

Gallerie de cartes postales sur Flickr

« Les mélodies du symbolisme russe » sur Le journal des arts.fr

Le magazine IDEA (eng) est une publication bimensuelle qui traite du design sous toutes ses formes : l’illustration, la typographie, l’architecture, etc.. Abordant à chaque fois un thème différent via des interviews et des articles de fonds, le numéro d’août 2011 mettait à l’honneur le design dans le manga, l’anime et les light novel (sorte de romans de gare, terrain privilégié des adaptations littéraires d’animes et de mangas).

Au sommaire

La première partie est consacrée à la présentation de designers et se clôture par une longue interview d’un designer également mangaka, Daisuke Nishijima (jp) (Diên Biên Phu (jp)).

Dans la seconde partie, un dossier nous permet de replonger dans le milieu du fanzinat japonais des années ’70 à travers les interviews de personnages ayant vécut l’époque de la naissance du Comic Market (fr) en décembre 1975. Une période de l’histoire du manga qui a connu un regain d’intérêt ces dernières années suite à la publication en 2008 de La genèse du Comic Market (コミックマーケット創世記 (jp)) dont l’auteur, Takanaka Shimotsuki, est d’ailleurs invité à répondre aux questions de la rédaction pour ce dossier.

Étant donné la richesse du contenu de ce numéro, c’est seulement la première partie, traitant du design, que je vais aborder dans la suite de cet article.

Les faiseurs de livre-objet

Dans la chaîne du livre, qui va de l’auteur aux lecteurs, l’une des fonctions de production passant relativement inapperçue est celle du maquettiste, chargé de donner son aspect au livre. Même si le principal intérêt d’un livre reste son contenu, il ne faut pas minimiser l’importance du livre en tant qu’objet. Le plaisir que l’on a à manipuler les livres, les regarder, les feuilleter, les comparer et parfois même les sentir ; tous ces petits plaisirs rendent le livre-objet indispensable à beaucoup d’entre nous, ne laissant à la dématérialisation des oeuvres livresques que l’avantage du gain de place.

Pour que l’on accorde tant d’importance à l’apparence des livres, il leur faut des maquettetistes, typographes, illustrateurs, en bref des stylistes de l’objet livre chargés de le rendre attrayant. Ils seront ici nommés « designers », puisqu’il s’agit du terme le plus souvent utilisé.

Qui sont ces faiseurs de livre-objet ?

Des otakus professionnels

Les designers de mangas viennent en général, soit du domaine amateur du fanzinat (同人誌 (fr)), soit des formations en design des beaux-arts, d’écoles de communications ou autres établissements spécialisés. On pourrait imaginer ces deux profils comme typiques de deux mondes bien distincts, les uns évoluants dans les cercles de fans tandis que les autres sont employés par les grandes maisons d’édition. Mais dans les faits, ils sont nombreux à garder un pieds dans chaque univers.

Par exemple Ryo Hiiragi (I.S.W. DESIGNING), ingénieur système de formation, il goûte pour la première fois au design en réalisant des fonds d’écrans avec des amis habitués du Comiket, et commence à se former au design sur des jaquettes de CD amateurs, puis des dôjinshis. Tout en évoluant dans le monde du design, il ne cesse de recueillir les avis des professionnels de l’imprimerie, de leur poser des questions pour poursuivre constamment son apprentissage autodidacte. En tournant dans des conventions comme Comitia (jp), son portfolio de design sous le bras, il multiplie les rencontres avec les éditeurs, qui retiennent peu à peu son nom. Aujourd’hui, Ryo Hiiragi travaille à la fois dans le domaine amateur (CD, DVD, dôjinshi), et pour des maisons d’éditions, notamment dans des collections s’adressants au public otaku chez deux grands éditeurs historiques : Gagaga bunko de la Shôgakukan et Super Dash bunko de la Shûeisha. Il dit apprécier l’absence de contraintes commerciales des dôjinshis, et continue ainsi à évoluer enter les deux univers.

Kemomimi, dôjinshi du cercle I.S.W.

Parmi les designers faisant la navette entre les deux mondes il y a également Yohei Sometani (BALCOLONY). Après des études à l’université des beaux-arts d’Ôsaka, il réalise de nombreux designs pour l’éditeur vidéo Aniplex et la maison d’édition Ichijinsha, en plus de dôjinshis, jaquettes de CD et DVD.

Hearts native, CD édité par Enterbrain

Ou encore Toshimitsu Numa (D-siki Graphics), diplômé d’une école de design, qui en plus de travailler aujourd’hui régulièrement pour la Kadokawa ou encore Ichijinsha, a eu la charge de réaliser le catalogue des magasins Tora no ana, ainsi que des designs de logos, de polices et autres plv (publicité sur le lieu de vente) pendant les années ’90.

Strike Witches, DVD édité par Kadokawa

Des metteurs en scène

Dans le manga, le rôle du designer pourrait s’apparenter à celui d’un metteur en scène chargé de mettre en lumière le talent de l’auteur sur la couverture de son livre. C’est en tout cas la réflexion que se font plusieurs designers.

Lorsque Kei Kasai s’est aperçue q’elle n’arrivait pas à dessiner deux fois un même visage, elle troqua son rêve de devenir mangaka pour celui de graphiste dans l’édition. Après des études de design à Londres, elle rentre au Japon pour travailler dans le design de manga. Aujourd’hui elle travaille en tant qu’indépendante pour plusieurs éditeurs, et en particulier la collection Ikki de la Shôgakukan. Elle explique que les mangakas n’ont pas toujours conscience de ce qui fait la force de leur dessin, de ce qui séduit leurs lecteurs. Le designer doit alors prendre la casquette de metteur en scène et demander au mangaka de réaliser un dessin selon ses indications. C’est ainsi qu’ont été réalisées les couvertures de La cité Saturne (jp) de Hisae Iwaoka (jp) (disponible chez Kana en france), avec qui Kei Kasai a travaillé sur plusieurs mangas.

Dosei mansion, manga édité par Kôdansha

Une vision que partage Yoko Akuta, qui après des études de design à débuter sa vie professionnelle par la réalisation de designs de sacs, tee-shirt et autres articles de papeterie aux motifs psychédéliques et SF avant de se lancer dans le design de mangas. Elle partage aujourd’hui son travail de designer entre la réalisation de publicités, magazine, emballages, et le manga, qui reste sa principale activité. On peut retrouver son travail sur les couvertures de Yaikita in Deep (jp) et d’autres titres de Shiriagari Kotobuki (jp) (dont le titre Jacaranda est disponible en français chez Milan).

Yaikita in Deep, manga édité par Enterbrain

Mitsuru Kobayashi (Designing Studio GENI A LÒIDE) quand à lui garde un très bon souvenir de son travail sur la série Wada radio no koko ni imasu (jp) de Radio Wada  dont il réalise le design alors qu’il n’est encore qu’un novice. Partant du constat que les designs trop similaires des tomes d’une même série donnent l’impression d’acheter le même livre, il décide de réaliser un design différent à chaque tome. Avec la bénédiction de l’éditeur de la Shûeisha et celle de l’auteur, il s’amuse à varier le design selon son inspiration et trouve alors dans la réalisation de cette série ce qui fait pour lui le charme de ce métier : inventer des designs qui correspondent à l’impression laissée sur le lecteur, et créer des livres que l’on a envie de conserver dans sa bibliothèque. On peut retrouver plusieurs séries sur lesquelles Mitsuru Kobayashi à travaillé en français : Real de Takehiko Inoue, Zetman de Katsura Masakazu (jp), Complément affectif de Mari Okazaki (jp) ou encore le Rohan au Louvre de Hirohiko Araki.

Wada radio no koko ni imasu, mangas édités par Shûeisha

Tadashi Hisamochi (hive) est influencé pendant ses études de design par Neville Brody ou David Carson (eng), c’est donc le design editorial et encore celui des jaquettes de CD qui lui donne le goût du design davantage que les livres, même s’il aime les mangas depuis son enfance. Il travail à son premier design de manga à la fin des annees ’90, époque à laquelle le format manga était encore très standardisé, mais allait connaître une évolution vers plus d’originalité. Une originalité qui est facilité selon lui au Japon par la spécificité d’avoir à disposition plusieurs systemes d’écritures – hiragana, katakana, kanji, alphabet – permettant de varier d’avantage les typographies et donc les designs. Il a une vision un peu plus pragmatique que ses camarades sur le métier de designer. Tout en rappelant la mise en avant des designers ces dernières années – en évoquant la publication d’un numéro d’IDEA qui était déjà consacré aux designers de mangas 2 ans auparavant – il relativise la liberté de création dont jouit le métier en précisant que le designer de mangas ne produit pas une oeuvre personnelle, mais doit se fondre dans l’univers de l’auteur et répondre aux impératifs commerciaux fixés par l’éditeur. Malgré ce bémol, on peut constater l’inventivité dont fait preuve Tadashi Hisamochi à travers ses réalisations : Sayonara monsieur désespoir de Kôji Kumeta  (jp) chez Kôdansha (disponible en français chez Pika édition), Momoider de Tôru Fujisawa chez Shûeisha (chez Pika édition en France), Furari (jp) de Jirô Taniguchi chez Kôdansha (traduit chez Casterman).

Et en France ?

Interviewés dans la presse, crédités à la fin des manga aux côtés de l’auteur et de son éditeur, les designers de mangas semblent prendre une place à part entière dans la chaîne du livre au Japon. Si la création dans le domaine du design des mangas semble être bien vivante au Japon, quelle est la situation en France ? Alors que les éditeurs français ont eu tendance à conserver de plus en plus souvent les couvertures originales en mettant en avant le respect de l’oeuvre originale – argument toujours bon pour contenter les fans – quelle est la place laissée au design des mangas par les éditeurs hexagonaux ?

Quand l’on constate le soin apporté à la présentation de certains mangas au Japon, la question mérite d’être posée.

Sources :

Site du magazine IDEA (jp / eng)

Pour allez plus loin :

Un page du site Yoi Comic – 良いコミック où l’on trouve une liste de designers (jp)

Un livre : Anime, Comic, Light Novel, Game no Designer shûアニメ・コミック・ライトノベル・ゲームのデザイナー集 (jp) (Annuaire de designers spécialisées dans l’anime, le manga, les light novel et les jeux)

Des premiers pictogrammes apparus en Mésopotamie, aux glyphes mayas, en passant pas les fascinants hiéroglyphes égyptiens, les écritures humaines semblent toutes être passées par une mise en images du monde. Ces images ont suivit une lente évolution, passant du stade de pictogrammes à celui d’idéogrammes, puis de phonogrammes, et autres « -grammes », pour en arriver à nos systèmes alphabétiques actuels. Si ces alphabets ont très souvent aboutis à des séries de lettres accompagnées de signes diacritiques, dans certaines régions du monde les « -grammes » font de la résistance. Ainsi, les chinois emploient quotidiennement des milliers de caractères (de 3000 à 5000), que les japonais leurs ont emprunté (environ 2000 dans la langue quotidienne) en les agrémentant de syllabaires pour simplifier l’écriture de leur langue – comme quoi, la simplification est une notion toute relative.

Les caractères chinois (ou sinnogrammes) sont donc eux aussi le résultat d’une lente évolution, partant de signes figuratifs relativement intélligibles, pour peu à peu dérivés vers des signes bien plus abstraits. À titre d’exemple l’évolution du caractère signifiant « cheval » (馬).

Le cheval bien cabré est peu à peu retombé sur ses pattes, et galope aujourdui la crinière au vent, dans une représentation conceptualisée à l’extrême : la partie haute figurant la crinière, sous laquelle quatres points symbolisent les pattes, suivit de la queue clôturant le signe.

Le premier pictogramme à gauche est celui qui nous intéresse aujourd’hui. Il s’agit d’un signe utilisé vers 1300 – 1000 av. J-C, et que les chinois nomment « jiǎgǔwén », et les japonais « kôkotsubun » (甲骨文). Dans la dynastie Shang (du XIIIe au XIe siècle av. J-C) l’écriture d’oracles se faisait sur des os d’animaux, omoplates de cerfs, moutons, boeufs, ou des plastrons (carapace ventrale) de tortues. Tombés dans l’oubli pendant des siècles, la (re)découverte de cette écriture en 1899 est dû à Wan Yirong. Pour se soigner de la malaria, il était allé acheté des « os de dragon », destinés à rentrer dans la préparation d’un remède. Wan Yirong s’apperçut de la présence de signes sur l’os qu’il avait acheté. Et c’est ainsi que fût découverte la plus ancienne forme de l’écriture chinoise.

Visite du zoo

Après ces explications préalables venons-en au vif du sujet : la visite du zoo des sinogrammes. Etant moi-même japonisant, dans les explications données plus bas j’utilise les lectures japonaises des sinogrammes (漢字 – kanji). Il s’agit donc d’une interprétation phonétique nullement définitive, la lecture nippone différant bien souvent de la lecture originelle chinoise, en plus de subir des variations au sein même de la langue japonaise.

La tortue (亀 – kame)

Le singe (猿 – saru)

Le poisson (魚 – sakana)

Le coq, la poule (鶏 – niwatori)

Le scorpion (蠍 – sasori)

Le hibou (木菟 – mimizuku)

L’élephant (象 – zô)

Le renard (狐 – kitsune)

Le kirin (麒麟 – kirin)

Le kirin est un animal mythique oriental comparable à la licorne occidentale. Dieu des animaux à poil, signe d’heureux présages lorsqu’il apparaît, il est de nature bienveillante. On en trouve une évocation dans Princesse Mononoke d’Hayao Miyazaki à travers le dieu-cerf, dieu de la forêt. En japonais on désigne la girafe du nom de « kirin », pour sa ressemblance avec certaines représentations de l’animal mythique.

Le dragon (竜 – tatsu)

Le dragon prends plusieurs formes à travers le monde. Créatures néfastes, associées au feu et à la terre, hantant les grottes d’Europe, ce sont également des créatures bénéfiques, mais néanmoins dangereuses, associées à l’eau et parcourant le ciel d’Orient. La forme de l’ancien signe semble avoir inspiré la créature invoquée dans la série de RPG Final Fantasy de Square-Enix, Léviathan.

Avant de finir, il ne faut pas oublier de rappeler la présence animale dans notre alphabet latin, à travers l’exemple connu du « a » qui, lorsqu’il est retourné – et avec un petit effort d’imagination – nous rappelle ses origines bovines.

Sources :

Une courte explication sur la naissance des caractères chinois

Kodai moji dôbutsuen(古代文字動物園)de Sanjin Jônan (jp)

Omoshiroi hodo yoku wakaru kanji(面白いほどよくわかる漢字)de Yôji Yamaguchi (jp)

Pour aller plus loin :

Site de Sanjin Jônan (eng) (jp)

Walikyrie, Odin, Fafnir, les Nibelungen, autant de noms mythiques que nous sommes nombreux à connaître sans vraiment savoir les associer à des récits clairement établis dans notre esprit. C’est dans cet interstice de notre mémoire collective qu’Alex Alice se glisse pour nous offrir sa vision du destin de l’un de ces personnages légendaires : Siegfried.

C’est l’histoire d’un jeune garçon élevé au coeur d’une sombre forêt. Il s’appelle Siegfried. Celui qui veille sur son destin s’appelle Mime et est l’un des derniers Nibelung.

Siegfried ne connaît rien du monde des hommes. Il n’a pour seuls compagnons que quelques loups. Il n’a qu’un désir : connaître ses véritables parents et partir à la découverte des humains.

Mais il n’est pas le maître de son destin. Odin le Dieu des dieux, veut l’envoyer combattre Fafnir, ce dragon qui vit retranché sous la terre et possède tout l’Or du Rhin…

Ce motif du héros orphelin cheminant sur un parcours personnel tourmenté par les desseins d’entités omniscientes a été repris maintes fois dans les oeuvres modernes : Frodon, Thorgal, Luke Skywalker ou encore Harry Potter. L’originalité de Siegfried, et ce qui a séduit l’auteur, c’est qu’il s’agit de « l’histoire de l’absence de mentor. [Siegfried] c’est le grand héros, mais qui n’a personne pour le guider, et qui va devoir se construire tout seul ». Le Siegfried d’Alex Alice est donc un héros qui va devoir accomplir une quête d’identité inévitablement contrainte par les calculs divins, seul face au Dieu des dieux.

Relecture(s)

La matière à rêve que constitue une légende tel que l’Anneau des Nibelungen aura connue jusqu’à présent l’interprétation de nombreux artistes : l’illustrateur Arthur Rakham , l’écrivain J.R.R. Tolkien , le réalisateur Fritz Lang , le mangaka Leiji Matsumoto , Druillet en tant que designer de jeu vidéo . Les mythes et légendes sont fait pour être triturés, maltraités, bref interprétés par les artistes de toutes les époques. La Chanson des Nibelungen, issue d’un enchevêtrement d’éléments historiques et de mythes scandinaves, ne fait pas exception. « Je me concentre sur l’histoire de Siegfried, […] je ne m’adresse pas du tout aux spécialistes des mythes nordique, ou aux spécialistes de Wagner ; je m’adresse aux gens qui comme moi […] partage ma fascination pour ce genre d’univers » déclare Alex Alice dans une interview. C’est peut-être cela que l’on attends des créateurs quand ils se penchent sur des grands mythes : s’échapper du cadre rigide réservé aux exégètes, pour entraîner avec eux les profanes que nous sommes, et les faire rêver.

C’est ce qu’accomplit magistralement Alex Alice avec son Siegfried.

Ça bouge !

Depuis l’origine du projet, Alex Alice pense Siegfried sous deux formes : bande dessinée et animation. Claire Wendling (Les lumières de l’Amalou) et Mathieu Lauffray (Le serment de l’ambre, Long John Silver) comme directeur artistique seraient impliqués dans le projet. Maintenant que le troisième et dernier tome de la série est sorti, la production devrait débuter sous peu. Pour nous donner un avant goût, un trailer a été produit en 2004 par le studio Bibo Films (French Roast, Un monstre à Paris).

Le choix de l’animation traditionnelle en 2D a été retenu par l’auteur pour sa force de sublimation : « La technique 3D simule la réalité, avec des lois simplifiées ou modifiées. Le dessin animé, lui, sublime la réalité. En quelques traits, on peut évoquer une femme d’une incroyable beauté en laquelle le spectateur projettera son idée de la beauté alors qu’un personnage en 3D restera une poupée, une marionnette sophistiquée. ».

Siegfried est donc un projet hybride ayant probablement influencé le trait d’Alex Alice, qui gagne en rondeur et en épure par rapport à sa série Le Troisième Testament. Si l’on retrouve l’inventivité des planches de la bande dessinée dans l’animation du film à venir, on ne peut qu’être impatient de voir le résultat final.

Sources :

Site officiel Siegfried des éditions Dargaud

Interview du 1 octobre 2007

Interview donnée à Angoulême 2010

Interview de Mathieu Lauffray pour BD Maniac

Catsuka

Pour aller plus loin :

Blog d’Alex Alice

Si comme moi la vue d’un dessinateur faisant naître des images en un tour de main ne cesse pas de vous fasciner, alors ce billet est pour vous.

Tac au tac est une émission créée par Jean Frapat pour l’ORTF, qui entre 1969 et 1975 proposait d’assister à des joutes graphiques dans lesquelles dessinateurs de presse et de bande dessinée s’affrontaient avec bonne humeur.

L’émission est basée sur le principe du cadavre exquis dessiné dans lequel seule l’extrémité du dessin précédent reste visible au participant suivant, lui permettant ainsi de faire la soudure avec son propre dessin. Mais plutôt que de se contenter de reprendre simplement ce principe de base, Jean Frapat invente plusieurs défis, que les invités relèvent avec brio devant les caméras.

– L’escalade : deux dessinateurs complètent alternativement « une composition »

(Burne Hogarth, Philippe Druillet et John Buscema à New York se présentent en dessin, suivez la flèche → )

– Le motif : quatre dessinateurs improvisent des figures à partir d’un motif imposé 

(Jean Giraud et Jijé nous plongent en plein western à l’heure du café )

– La vision collective : quatre dessinateurs se partagent l’espace d’une fresque sur un thème imposé 

(Giraud, Gotlib, Mandryka et Alexis nous montrent les animaux refusés à l’arche de Noé )

– le piège : un des dessinateurs invente un personnage qui est aussitôt placé en danger par les autres dessinateurs ; à son tour, il intervient par le dessin pour rétablir le personnage.

(Franquin, Morris, Peyo et Roba se jouent des sales tours )

– le cadavre exquis : chaque dessinateur improvise un dessin à l’insu des autres. Seule la partie extérieure droite du dessin reste visible, et dégage un fragment à investir.

(cadavre exquis avec Gébé, Topor, Bretécher et Cardon )

Pascale Cassagnau « Jean Frapat /Les dispositifs dialogiques », Multitudes 5/2010 (HS n° 2), p. 104-113.

Jean Frapat, qui aimait à qualifier son émission de commedia dell’arte grafica, a offert aux téléspectateurs de l’époque l’occasion de découvrir la naissance de dessins sous le crayon d’artistes qui marqueront de leur empreinte le monde de la bande dessinée et du dessin de presse des années 70.

Nous pouvons aujourdui revivre ces moments magiques grâce au site de l’INA sur lequel les Pratt, Jean Gireau, Franquin, Topor, Gébé et bien d’autres rejouent cette commedia dell’arte grafica par la magie de la fée streaming. À regarder sans modération !

Pour aller plus loin :

Tac au tac sur le site de l’INA

Article sur le livre Tac au tac sur le blog Plan B(D)

Sources :

Liste des émissions visibles en ligne sur BD Gest’

Article du Spirou du 17 août 1972 consacré à Tac au tac sur le blog Plan B(D)

Pascale Cassagnau « Jean Frapat /Les dispositifs dialogiques »

L’ homme qui plantait des arbres relate la rencontre du narrateur avec Elzéard Bouffier, un vieux berger sans âge, vivant retiré dans le silence. Cet homme emploie son temps libre à planter des arbres dans la région désolée qu’il habite avec son chien et son troupeau.

L’action énigmatique de ce personnage va piquer la curiosité du narrateur, et l’ammener à régulièrement venir rendre visite à celui qui, dans une solitude sans égale, se consacre au quotidien à une tâche titanesque. Au fil des années, tandis que le monde subit des guerres dévastatrices, Elzéard Bouffier s’emploie à faire renaître une région jusqu’alors désolée en un pays de Cocagne dans lequel la vie reprend peu à peu ses droits.

Le texte de Jean Giono s’ouvre sur ces lignes :

Pour que le caractère d’un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l’idée qui la dirige est d’une générosité sans exemple, s’il est absolument certain qu’elle n’a cherché de récompense nulle part et qu’au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d’erreurs, devant un caractère inoubliable.

Cultivons notre altruisme

L’homme qui plantait des arbres est une fable écologiste souvent reprise pour son message de protection de la nature, et l’importance pour l’homme de vivre en harmonie avec la nature. Elle peut aussi se lire sous l’angle philantropique, et met alors en lumière ce que Jean Giono décrit dans ses premières lignes comme « le caractère inoubliable » d’êtres aux actions désintéressées, pas seulement envers la nature mais également envers leurs prochains.

Frédéric Back

À la bande-son du moyen métrage de Frédéric Back c’est Philippe Noiret qui d’une belle voix posée interprète le narrateur. À l’image le réalisateur utilise comme à son habitude le crayon de couleur, laissant transparaître à l’écran le travail artisanal de son animation inventive. Dans ses dessins constamment en mouvement, les formes s’altèrent, se fondent les unes dans les autres pour reformer un nouveau tableau. Ce mouvement perpétuel donne une sensualité à l’animation telle que l’on peut la retrouver dans les travaux d’un Alexander Petrov (Le vieil homme et la mer).

Frédéric Back est né à Sarrebruck en Allemagne en 1924. Il suit des études artistiques à Paris et Rennes entre 1937 et 1948, durant la guerre et l’occupation. Ces années d’apprentissage vont bien entendu influencer son oeuvre à venir, toujours emprunte de messages pacifistes. Après avoir entamé sa carrière professionnelle en tant que peintre, il part s’installer au Québec en 1948 pour enseigner à Montréal. En 1952 il entre à Radio-Canada en tant qu’illustrateur pour la télévision. C’est en rejoignant le studio d’animation de Radio-Canada en 1968 que sa carrière d’animateur démarre. Ce sont ses dessins animés réalisés jusqu’en 1993 au sein de ce studio qui le rendront célèbre, et lui vaudront de nombreuses récompenses dans les divers festivals d’animation à travers le monde.

Ses films, qui mettent régulièrement en scène la Belle Province, sont aujourd’hui disponibles en DVD aux éditions Les Films du Paradoxe.

Pour aller plus loin :

Le site officiel de Frédéric Back

Peepo Choo est une bande dessinée écrite au Japon par Felipe Smith, un auteur américain d’origine jamaïco-argentine. Mais alors… c’est un comics ? Une historieta ? Un manga ? Du fait même du brassage culturel que représente son auteur, toutes ces appellations n’ont plus court ici. Nous allons donc tout simplement parler de bande dessinée.

”Peepo peepo, chu chu ?”

Peepo Choo, c’est l’histoire de plusieurs personnages, américains et japonais, qui vont être amenés à confronter leurs visions fantaisistes du pays étranger à la réalité.

Côté américain, nous avons d’abord Milton, jeune otaku américain rêvant d’aller au Japon, employé d’une librairie de manga et de comics, inconditionnel de la série animé Peepo Choo mettant en scène un personnage… très pikachuesque (absurde). Viens ensuite le propriétaire de la librairie, Gill, un malabar terrifiant, également tueur professionnel au look jasonesque (Vendredi 13). Puis Jody, autre employé de la librairie, détestant tout autant les fans de comics que leurs homologues otakus, épatant la gallerie en faisant passer ses visionnages de vidéos pornos de la veille pour des expériences réelles. Ce trio américain improbable va décoller pour le Japon le jour où Milton gagne un voyage pour l’archipel nippon lors d’une loterie organisée par la librairie. Il s’agit en fait d’une couverture pour son patron Gill, qui va ainsi se rendre à Tokyo pour un contrat sur un yakuza.

Si la partie américaine est haute en couleurs, le japon n’est pas en reste. D’abord le yakuza Morimoto Rockstar, complètement fan de tout ce qui se rapporte à la culture américaine, et particulièrement aux gangs américains. Ensuite Miki “busaiku” Tanaka (Miki “Laideron” Tanaka), lycéenne régulièrement persécutée par d’autres élèves, elle est fan d’anime et collectionne des poupées gothiques. Enfin Reiko, élève dans le même lycée que Miki, elle pose en bikini pour des magazines de manga, Elle ne semble pas être appréciée des autres élèves, à l’exception notable de Miki qui la considère comme sa seule amie, chose dont elle semble se moquer éperdument.

C’est donc la rencontre de toute cette gallerie de personnages que nous suivont dans ce manga vraiment bien rythmé et complètement loufoque. Le côté humoristique des personnages comme Milton ou Jody est sans cesse contrebalancé par les passages mettant en scène yakuzas et autres tueurs professionnels. Pour ceux que la violence rebute, il faut bien préciser que celle qui saute aux yeux lorsque l’on feuillette ce titre n’est jamais gratuite. Et comme le dit l’auteur lui-même (eng), chaque scène trouve son bien-fondé dans le développement psychologique des personnages. Ce verni de violence, que l’on pourra trouver parfois excessive, souligne peut­-être aussi les visions tronquées de la réalité dans lesquelles évoluent les protagonistes, et dont ils parviendront peut-être à se défaire au cours de l’histoire… ou pas.

Pour les lecteurs anglophones, l’éditeur américain Vertical propose les trois volume de la série.

Américano-jamaïco-argentin nippophone 

Felipe Smith est né en 1978 aux États-Unis d’un père jamaïcin et d’une mère argentine. Élevé en Argentine, il retourne finir ses études dans son pays natal et sort diplômé de la School of the Art Institute of Chicago (eng) en 2000. Tout en finissant ses études, il travaille comme animateur, designer et illustrateur, et publie sa première série en 2005, MBQ, chez Tokyopop, déjà dans un format manga. Felipe Smith s’inspire de sa vie à Los Angeles pour écrire cette histoire.

Lors du Comic-Con (eng) de San Diego en 2008, il présente son projet Peepo Choo à un éditeur de la Kôdansha. Il lui parle de son désir de publier au Japon une série pas spécifiquement adressée aux lecteurs japonais, mais de tous horizons. L’idée séduit son interlocuteur, et cette entrevue détermine son depart pour le Japon la même année. Il passera les deux années suivantes à l’écriture de Peepo Choo, prépublié dans le magazine Morning 2 de la Kodansha.

En attendant de voir arriver un nouveau titre de Felipe Smith, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil à son portfolio en ligne, dans lequel des illustrations aux techniques et ambiances très différentes nous promettent le meilleur pour la suite.

À noté que jusqu’au 5 janvier 2012, les travaux de Felipe Smith sont visibles dans une exposition intitulée “Manga style, North America” (eng) au Musée international du manga de Kyôto (jp).

Pour aller plus loin :

Interview publiée en 2010 sur le site américain About.com (eng)

Présentation de Peepo Choo par son auteur à la télévision japonaise (jp)

Portfolio en ligne (eng)

Site promotionnel dédié à MBQ (eng)


Cette année encore, le festival international de science-fiction des Utopiales de Nantes (10-14 novembre) propose, via son pôle Asiatique, un parcours dans la culture manga avec en point d’orgue la journée Manga-tan du dimanche 14 novembre.

Cinq ans après Moebius, c’est au tour du deuxième papa de Métal Hurlant de réaliser l’affiche du festival avec une ré-interprétation de la cité des Ducs de Bretagne à la conquête des étoiles : Phillipe Druillet. Invité d’honneur de cette édition 2010, une exposition de ses travaux sera visible tout au long du festival. N’hésitez pas à venir découvrir la folie graphique cet artiste hors norme.

 

Rencontres

Yvan West Laurence

Yvan West Laurence fait partie de ces défricheurs qui au début des années 90 se passionnent pour les premiers dessins animés japonais débarqués sur les écrans de télévision française. Avec des amis il créé le fanzine Animeland en 1991, qui passera par la suite en magazine kiosque et deviendra l’une des références en matière d’animation japonaise.

Au cours d’une rencontre intitulée « Manga et Asie : au frontière du genre », Morgan Magnin, président de notre association Univers Partagés, reviendra avec son invité sur la SF dans les productions asiatiques et les influences artistiques qu’elles suscitent et dont elles se nourrissent.

RAN

Né en 1982 à Niigata où il vit toujours, RAN rêvait depuis son plus jeune âge de devenir mangaka. C’est l’année de son diplôme du JAM College (jp), en 2003, qu’il est repéré par un éditeur en visite dans l’établissement. Le scénario reste alors son point faible, et on lui propose donc de se faire la main sur l’adaptation en manga du dessin animé créé par Ken Akamatsu (Love Hina, Negima !) : Ground defense force ! Mao-chan. En 2007 il est prêt, et lance sa propre série, Maid War Chronicle, qu’il publie toujours actuellement dans le magazine Sirius de l’éditeur Kôdansha.

La venue de RAN avec son éditeur sera l’occasion pour le public de découvrir de manière plus concrète ce qu’est le métier de mangaka, notamment à travers une démonstration de l’auteur sur scène, là encore animée par Morgan Magnin d’Univers Partagés.

Projections animées

Redline

Nouvelle collaboration de Takeshi Koike (Animatrix – World Record) et Katsuhito Ishii (en) (Shark Skin Man and Peach Hip Girl) après Trava – Fist planet, les séquences animés dans Party 7 et Le goût du thé, les deux compères nous livre cette fois-ci un film qui met à l’honneur le graphisme très classe de Koike dans une histoire de courses de bolides qui décoiffe.

Orbital (TO)

Adaptation de deux chapitres du manga 2001 Nights de Yukinobu Hoshino, mangaka déjà publié en France par Casterman en 1996 avec Le trou bleu, aujourd’hui épuisé. Sous ce titre en forme d’hommage à la fois au classique de la littérature persane Les Mille et Une nuits et au 2001 l’odysée de l’espace de Stanley Kubrick, se cache une série de courtes histoires qui à grand renfort d’ellipses, comme chez ses illustres prédécesseurs, relatent des épisodes marquants du voyage de l’homme dans l’espace.

King of thorn

Adaptation du manga de Yuji Iwahara publié chez Soleil sous le titre Le roi des ronces (fr). Plus de précision par ici (fr).

5cm par seconde et Voices of the distant star

Deux très beaux films de Makoto Shinkai (fr), réalisateur indépendant ayant marqué les esprits des fans en 2002 avec son très beau Voices of the distant star, court-métrage réalisé en indépendant avec l’aide de sa femme pour le doublage et de Tenmon (jp) pour la musique.

Cobra the animation 2010

Pour les 30 ans de Cobra en 2008, une série d’oav avait déjà été produite. L’année suivante, le jubilé se poursuivait avec une seconde série d’OAV, suivit début 2010 d’une série TV inédite. Ce sont les deux premiers épisodes de cette nouvelle série, dirigée par Keizô Shimizu (清水恵蔵) déjà aux manettes de l’animation sur les deux séries d’OAV, qui seront proposés.

Puppetoons festival !

George Pal (fr), animateur d’origine hongroise naturalisé américain, marqua le monde de l’animation stop-motion des années 40 avec ses films réalisés à l’aide de ses célèbres marionnettes en bois. Il est par ailleurs le réalisateur et producteur de films de science-fiction devenus depuis des classiques du genre : Le choc des mondes (1951), La guerre des mondes (1953), La machine à explorer le temps (1960).

Mars

Réalisé par l’animateur Goeff Marslett (clip Bubblecraft pour le groupe Pilotdrift), ce film reprend l’idée déjà exploité dans A Scanner Darkly adapté de Philip K. Dick par Richard Linklater (Before Sunrise, Before Sunset), qui consiste à cerner les personnages et décors filmés, pour donner un aspect graphique à l’ensemble. Un peu comme si un animateur réalisant une rotoscopie (fr) garderait le film servant de modèle à l’écran, posant son animation en surimpression. Sur l’adaptation de A scanner Darkly cela apportait plus de force à l’adaptation du récit tourmenté de K. Dick, avec des surfaces mouvantes qui retranscrivaient bien un certain malaise. Hormis le côté graphique qui donne une identité indéniable au film, qu’apportera l’usage de cette technique sur Mars ? A vous de juger aux Utopiales !

Affiche réalisée par Aoi Kaihatsu, élève du JAM College

Cosplay

Comme chaque année maintenant depuis le début de la journée Manga-Tan, organisée par Morgan Magnin de l’association Univers Partagés, le dimanche aux Utopiales est synonyme de cosplay. Recueillant toujours plus de succès, cette année encore le concours de cosplay se déroulera sur la scène principale dimanche 14 novembre à partir de 16h30.

Exposition du JAM College de Niigata

L’école de manga et d’animation de Niigata, le JAM College (jp), expose ses travaux d’élèves aux Utopiales.

Issue de la section manga de l’école de design de Niigata, cette école prend son indépendance en 2000 et devient le Japan Animation and Manga College : le JAM College. Après 10 ans d’existence, ses anciens élèves diplômés font maintenant partie du paysage du manga et de l’animation japonaise. 56 mangakas sont publiés chez les plus grands éditeurs de l’archipel (Shûeisha, Kôdansha, etc.) ; Animateurs, designers et autres réalisateurs diplômés de l’école officient dans des studios d’animation  renommés, tels que Madhouse (Mai Mai miracle, Summer wars), Production I.G. (Eden of the east, Kimi ni todoke) ou encore Bones (Darker than black, Tôkyô Magnitude 8.0).

Bande-dessinée en compétitions

Parmis les titres en lice pour le prix BD des Utopiales 2010 nous trouvons le manga de Naoki Urasawa, Pluto !. Inspiré d’un chapitre d’Astroboy de Tezuka mettant en scène le robot Pluto décimant ses semblables les plus puissants pour satisfaire la vanité de son créateur, cette adaptation prends la forme d’un thriller à tiroir comme Urasawa sait si bien les écrire. Dans une ambiance de film noir à la Road Runner, l’auteur pose des questions essentielles sur la nature de l’homme à travers ses personnages robots, évoluant dans un monde où hommes et machine cohabitent. Mention spéciale au personnage d’Astro, apparaissant un peu tardivement dans l’intrigue, ce qui rend son entrée en scène plus poignante encore.

Viennent ensuite d’autres titre sorties cette année dans les librairies françaises : Les Derniers Jours d’un immortel de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval ; Le Signe de la lune, dans lequel Enrique Bonet et José Luis Munuera renouvellent de manière angoissante l’univers du conte ; L’Éternaute avec les magnifiques dessins de l’argentin Alberto Breccia et Hector Oesterheld au scénario à double lecture, qui nous parle aussi de notre monde et de nous, comme le fait si bien la science-fiction lorsqu’elle est maniée par de tels maîtres; Hélas de Hervé Bourhis et Rudy Spiessert ; La Zone d’Eric Stalner et enfin le très bon Zombillénium d’Arthur De Pins, qui quitte un moment ses petites pépés pour livrer une histoire très divertissante.

Voilà pour l’aperçu animation/bande-dessinée de ce festival international de science-fiction des Utopiales 2010. Vous pourrez retrouver plus d’informations sur le site officiel, ou sur le site d’Univers Partagés. Bon festival !

Programme du festival disponible ici

Gazouillis

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