Des premiers pictogrammes apparus en Mésopotamie, aux glyphes mayas, en passant pas les fascinants hiéroglyphes égyptiens, les écritures humaines semblent toutes être passées par une mise en images du monde. Ces images ont suivit une lente évolution, passant du stade de pictogrammes à celui d’idéogrammes, puis de phonogrammes, et autres « -grammes », pour en arriver à nos systèmes alphabétiques actuels. Si ces alphabets ont très souvent aboutis à des séries de lettres accompagnées de signes diacritiques, dans certaines régions du monde les « -grammes » font de la résistance. Ainsi, les chinois emploient quotidiennement des milliers de caractères (de 3000 à 5000), que les japonais leurs ont emprunté (environ 2000 dans la langue quotidienne) en les agrémentant de syllabaires pour simplifier l’écriture de leur langue – comme quoi, la simplification est une notion toute relative.

Les caractères chinois (ou sinnogrammes) sont donc eux aussi le résultat d’une lente évolution, partant de signes figuratifs relativement intélligibles, pour peu à peu dérivés vers des signes bien plus abstraits. À titre d’exemple l’évolution du caractère signifiant « cheval » (馬).

Le cheval bien cabré est peu à peu retombé sur ses pattes, et galope aujourdui la crinière au vent, dans une représentation conceptualisée à l’extrême : la partie haute figurant la crinière, sous laquelle quatres points symbolisent les pattes, suivit de la queue clôturant le signe.

Le premier pictogramme à gauche est celui qui nous intéresse aujourd’hui. Il s’agit d’un signe utilisé vers 1300 – 1000 av. J-C, et que les chinois nomment « jiǎgǔwén », et les japonais « kôkotsubun » (甲骨文). Dans la dynastie Shang (du XIIIe au XIe siècle av. J-C) l’écriture d’oracles se faisait sur des os d’animaux, omoplates de cerfs, moutons, boeufs, ou des plastrons (carapace ventrale) de tortues. Tombés dans l’oubli pendant des siècles, la (re)découverte de cette écriture en 1899 est dû à Wan Yirong. Pour se soigner de la malaria, il était allé acheté des « os de dragon », destinés à rentrer dans la préparation d’un remède. Wan Yirong s’apperçut de la présence de signes sur l’os qu’il avait acheté. Et c’est ainsi que fût découverte la plus ancienne forme de l’écriture chinoise.

Visite du zoo

Après ces explications préalables venons-en au vif du sujet : la visite du zoo des sinogrammes. Etant moi-même japonisant, dans les explications données plus bas j’utilise les lectures japonaises des sinogrammes (漢字 – kanji). Il s’agit donc d’une interprétation phonétique nullement définitive, la lecture nippone différant bien souvent de la lecture originelle chinoise, en plus de subir des variations au sein même de la langue japonaise.

La tortue (亀 – kame)

Le singe (猿 – saru)

Le poisson (魚 – sakana)

Le coq, la poule (鶏 – niwatori)

Le scorpion (蠍 – sasori)

Le hibou (木菟 – mimizuku)

L’élephant (象 – zô)

Le renard (狐 – kitsune)

Le kirin (麒麟 – kirin)

Le kirin est un animal mythique oriental comparable à la licorne occidentale. Dieu des animaux à poil, signe d’heureux présages lorsqu’il apparaît, il est de nature bienveillante. On en trouve une évocation dans Princesse Mononoke d’Hayao Miyazaki à travers le dieu-cerf, dieu de la forêt. En japonais on désigne la girafe du nom de « kirin », pour sa ressemblance avec certaines représentations de l’animal mythique.

Le dragon (竜 – tatsu)

Le dragon prends plusieurs formes à travers le monde. Créatures néfastes, associées au feu et à la terre, hantant les grottes d’Europe, ce sont également des créatures bénéfiques, mais néanmoins dangereuses, associées à l’eau et parcourant le ciel d’Orient. La forme de l’ancien signe semble avoir inspiré la créature invoquée dans la série de RPG Final Fantasy de Square-Enix, Léviathan.

Avant de finir, il ne faut pas oublier de rappeler la présence animale dans notre alphabet latin, à travers l’exemple connu du « a » qui, lorsqu’il est retourné – et avec un petit effort d’imagination – nous rappelle ses origines bovines.

Sources :

Une courte explication sur la naissance des caractères chinois

Kodai moji dôbutsuen(古代文字動物園)de Sanjin Jônan (jp)

Omoshiroi hodo yoku wakaru kanji(面白いほどよくわかる漢字)de Yôji Yamaguchi (jp)

Pour aller plus loin :

Site de Sanjin Jônan (eng) (jp)

Walikyrie, Odin, Fafnir, les Nibelungen, autant de noms mythiques que nous sommes nombreux à connaître sans vraiment savoir les associer à des récits clairement établis dans notre esprit. C’est dans cet interstice de notre mémoire collective qu’Alex Alice se glisse pour nous offrir sa vision du destin de l’un de ces personnages légendaires : Siegfried.

C’est l’histoire d’un jeune garçon élevé au oeur d’une sombre forêt. Il s’appelle Siegfried. Celui qui veille sur son destin s’appelle Mime et est l’un des derniers Nibelung.

Siegfried ne connaît rien du monde des hommes. Il n’a pour seuls compagnons que quelques loups. Il n’a qu’un désir : connaître ses véritables parents et partir à la découverte des humains.

Mais il n’est pas le maître de son destin. Odin le Dieu des dieux, veut l’envoyer combattre Fafnir, ce dragon qui vit retranché sous la terre et possède tout l’Or du Rhin…

Ce motif du héros orphelin cheminant sur un parcours personnel tourmenté par les desseins d’entités omniscientes a été reprise mainte fois dans les oeuvres modernes : Frodon, Thorgal, Luke Skywalker ou encore Harry Potter. L’originalité de Siegfried, et ce qui a séduit l’auteur, c’est qu’il s’agit de « l’histoire de l’absence de mentor. [Siegfried] c’est le grand héros, mais qui n’a personne pour le guider, et qui va devoir se construire tout seul ». Le Siegfried d’Alex Alice est donc un héros qui va devoir accomplir une quête d’identité inévitablement contrainte par les calculs divins, seul face au Dieu des dieux.

Relecture(s)

La matière à rêve que constitue une légende tel que l’Anneau des Nibelungen aura connue jusqu’à présent l’interprétation de nombreux artistes : l’illustrateur Arthur Rakham , l’écrivain J.R.R. Tolkien , le réalisateur Fritz Lang , le mangaka Leiji Matsumoto , Druillet en tant que designer de jeu vidéo . Les mythes et légendes sont fait pour être triturés, maltraités, bref interprétés par les artistes de toutes les époques. La Chanson des Nibelungen, issue d’un enchevêtrement d’éléments historiques et de mythes scandinaves, ne fait pas exception. « Je me concentre sur l’histoire de Siegfried, [...] je ne m’adresse pas du tout aux spécialistes des mythes nordique, ou aux spécialistes de Wagner ; je m’adresse aux gens qui comme moi […] partage ma fascination pour ce genre d’univers » déclare Alex Alice dans une interview. C’est peut-être cela que l’on attends des créateurs quand ils se penchent sur des grands mythes : s’échapper du cadre rigide réservé aux exégètes, pour entraîner avec eux les profanes que nous sommes, et les faire rêver.

C’est ce qu’accomplit magistralement Alex Alice avec son Siegfried.

Ça bouge !

Depuis l’origine du projet, Alex Alice pense Siegfried sous deux formes : bande dessinée et animation. Claire Wendling (Les lumières de l’Amalou) et Mathieu Lauffray (Le serment de l’ambre, Long John Silver) comme directeur artistique seraient impliqués dans le projet. Maintenant que le troisième et dernier tome de la série est sortit, la production devrait débuter sous peu. Pour nous donner un avant goût, un trailer a été produit en 2004 par le studio Bibo Films (French Roast, Un monstre à Paris).

Le choix de l’animation traditionnelle en 2D a été retenue par l’auteur pour sa force de sublimation : « La technique 3D simule la réalité, avec des lois simplifiées ou modifiées. Le dessin animé, lui, sublime la réalité. En quelques traits, on peut évoquer une femme d’une incroyable beauté en laquelle le spectateur projettera son idée de la beauté alors qu’un personnage en 3D restera une poupée, une marionnette sophistiquée. ».

Siegfried est donc un projet hybride ayant probablement influencé le trait d’Alex Alice, qui gagne en rondeur et en épure par rapport à sa série Le Troisième Testament. Si l’on retrouve l’inventivité des planches de la bande dessinée dans l’animation du film à venir, on ne peut qu’être impatient de voir le résultat final.

Sources :

Site officiel Siegfried des éditions Dargaud

Interview du 1 octobre 2007

Interview donnée à Angoulême 2010

Interview de Mathieu Lauffray pour BD Maniac

Catsuka

Pour aller plus loin :

Blog d’Alex Alice

Si comme moi la vue d’un dessinateur faisant naître des images en un tour de main ne cesse pas de vous fasciner, alors ce billet est pour vous.

Tac au tac est une émission créée par Jean Frapat pour l’ORTF, qui entre 1969 et 1975 proposait d’assister à des joutes graphiques dans lesquelles dessinateurs de presse et de bande dessinée s’affrontaient avec bonne humeur.

L’émission est basée sur le principe du cadavre exquis dessiné dans lequel seule l’extrémité du dessin précédent reste visible au participant suivant, lui permettant ainsi de faire la soudure avec son propre dessin. Mais plutôt que de se contenter de reprendre simplement ce principe de base, Jean Frapat invente plusieurs défis, que les invités relèvent avec brio devant les caméras.

- L’escalade : deux dessinateurs complètent alternativement « une composition »

(Burne Hogarth, Philippe Druillet et John Buscema à New York se présentent en dessin, suivez la flèche → )

- Le motif : quatre dessinateurs improvisent des figures à partir d’un motif imposé 

(Jean Giraud et Jijé nous plongent en plein western à l’heure du café )

- La vision collective : quatre dessinateurs se partagent l’espace d’une fresque sur un thème imposé 

(Giraud, Gotlib, Mandryka et Alexis nous montrent les animaux refusés à l’arche de Noé )

- le piège : un des dessinateurs invente un personnage qui est aussitôt placé en danger par les autres dessinateurs ; à son tour, il intervient par le dessin pour rétablir le personnage.

(Franquin, Morris, Peyo et Roba se jouent des sales tours )

- le cadavre exquis : chaque dessinateur improvise un dessin à l’insu des autres. Seule la partie extérieure droite du dessin reste visible, et dégage un fragment à investir.

(cadavre exquis avec Gébé, Topor, Bretécher et Cardon )

Pascale Cassagnau « Jean Frapat /Les dispositifs dialogiques », Multitudes 5/2010 (HS n° 2), p. 104-113.

Jean Frapat, qui aimait à qualifier son émission de commedia dell’arte grafica, a offert aux téléspectateurs de l’époque l’occasion de découvrir la naissance de dessins sous le crayon d’artistes qui marqueront de leur empreinte le monde de la bande dessinée et du dessin de presse des années 70.

Nous pouvons aujourdui revivre ces moments magiques grâce au site de l’INA sur lequel les Pratt, Jean Gireau, Franquin, Topor, Gébé et bien d’autres rejouent cette commedia dell’arte grafica par la magie de la fée streaming. À regarder sans modération !

Pour aller plus loin :

Tac au tac sur le site de l’INA

Article sur le livre Tac au tac sur le blog Plan B(D)

Sources :

Liste des émissions visibles en ligne sur BD Gest’

Article du Spirou du 17 août 1972 consacré à Tac au tac sur le blog Plan B(D)

Pascale Cassagnau « Jean Frapat /Les dispositifs dialogiques »

L’ homme qui plantait des arbres relate la rencontre du narrateur avec Elzéard Bouffier, un vieux berger sans âge, vivant retiré dans le silence. Cet homme emploie son temps libre à planter des arbres dans la région désolée qu’il habite avec son chien et son troupeau.

L’action énigmatique de ce personnage va piquer la curiosité du narrateur, et l’ammener à régulièrement venir rendre visite à celui qui, dans une solitude sans égale, se consacre au quotidien à une tâche titanesque. Au fil des années, tandis que le monde subit des guerres dévastatrices, Elzéard Bouffier s’emploie à faire renaître une région jusqu’alors désolée en un pays de Cocagne dans lequel la vie reprend peu à peu ses droits.

Le texte de Jean Giono s’ouvre sur ces lignes :

Pour que le caractère d’un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l’idée qui la dirige est d’une générosité sans exemple, s’il est absolument certain qu’elle n’a cherché de récompense nulle part et qu’au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d’erreurs, devant un caractère inoubliable.

Cultivons notre altruisme

L’homme qui plantait des arbres est une fable écologiste souvent reprise pour son message de protection de la nature, et l’importance pour l’homme de vivre en harmonie avec la nature. Elle peut aussi se lire sous l’angle philantropique, et met alors en lumière ce que Jean Giono décrit dans ses premières lignes comme « le caractère inoubliable » d’êtres aux actions désintéressées, pas seulement envers la nature mais également envers leurs prochains.

Frédéric Back

À la bande-son du moyen métrage de Frédéric Back c’est Philippe Noiret qui d’une belle voix posée interprète le narrateur. À l’image le réalisateur utilise comme à son habitude le crayon de couleur, laissant transparaître à l’écran le travail artisanal de son animation inventive. Dans ses dessins constamment en mouvement, les formes s’altèrent, se fondent les unes dans les autres pour reformer un nouveau tableau. Ce mouvement perpétuel donne une sensualité à l’animation telle que l’on peut la retrouver dans les travaux d’un Alexander Petrov (Le vieil homme et la mer).

Frédéric Back est né à Sarrebruck en Allemagne en 1924. Il suit des études artistiques à Paris et Rennes entre 1937 et 1948, durant la guerre et l’occupation. Ces années d’apprentissage vont bien entendu influencer son oeuvre à venir, toujours emprunte de messages pacifistes. Après avoir entamé sa carrière professionnelle en tant que peintre, il part s’installer au Québec en 1948 pour enseigner à Montréal. En 1952 il entre à Radio-Canada en tant qu’illustrateur pour la télévision. C’est en rejoignant le studio d’animation de Radio-Canada en 1968 que sa carrière d’animateur démarre. Ce sont ses dessins animés réalisés jusqu’en 1993 au sein de ce studio qui le rendront célèbre, et lui vaudront de nombreuses récompenses dans les divers festivals d’animation à travers le monde.

Ses films, qui mettent régulièrement en scène la Belle Province, sont aujourd’hui disponibles en DVD aux éditions Les Films du Paradoxe.

Pour aller plus loin :

Le site officiel de Frédéric Back

Peepo Choo est une bande dessinée écrite au Japon par Felipe Smith, un auteur américain d’origine jamaïco-argentine. Mais alors… c’est un comics ? Une historieta ? Un manga ? Du fait même du brassage culturel que représente son auteur, toutes ces appellations n’ont plus court ici. Nous allons donc tout simplement parler de bande dessinée.

”Peepo peepo, chu chu ?”

Peepo Choo, c’est l’histoire de plusieurs personnages, américains et japonais, qui vont être amenés à confronter leurs visions fantaisistes du pays étranger à la réalité.

Côté américain, nous avons d’abord Milton, jeune otaku américain rêvant d’aller au Japon, employé d’une librairie de manga et de comics, inconditionnel de la série animé Peepo Choo mettant en scène un personnage… très pikachuesque (absurde). Viens ensuite le propriétaire de la librairie, Gill, un malabar terrifiant, également tueur professionnel au look jasonesque (Vendredi 13). Puis Jody, autre employé de la librairie, détestant tout autant les fans de comics que leurs homologues otakus, épatant la gallerie en faisant passer ses visionnages de vidéos pornos de la veille pour des expériences réelles. Ce trio américain improbable va décoller pour le Japon le jour où Milton gagne un voyage pour l’archipel nippon lors d’une loterie organisée par la librairie. Il s’agit en fait d’une couverture pour son patron Gill, qui va ainsi se rendre à Tokyo pour un contrat sur un yakuza.

Si la partie américaine est haute en couleurs, le japon n’est pas en reste. D’abord le yakuza Morimoto Rockstar, complètement fan de tout ce qui se rapporte à la culture américaine, et particulièrement aux gangs américains. Ensuite Miki “busaiku” Tanaka (Miki “Laideron” Tanaka), lycéenne régulièrement persécutée par d’autres élèves, elle est fan d’anime et collectionne des poupées gothiques. Enfin Reiko, élève dans le même lycée que Miki, elle pose en bikini pour des magazines de manga, Elle ne semble pas être appréciée des autres élèves, à l’exception notable de Miki qui la considère comme sa seule amie, chose dont elle semble se moquer éperdument.

C’est donc la rencontre de toute cette gallerie de personnages que nous suivont dans ce manga vraiment bien rythmé et complètement loufoque. Le côté humoristique des personnages comme Milton ou Jody est sans cesse contrebalancé par les passages mettant en scène yakuzas et autres tueurs professionnels. Pour ceux que la violence rebute, il faut bien préciser que celle qui saute aux yeux lorsque l’on feuillette ce titre n’est jamais gratuite. Et comme le dit l’auteur lui-même (eng), chaque scène trouve son bien-fondé dans le développement psychologique des personnages. Ce verni de violence, que l’on pourra trouver parfois excessive, souligne peut­-être aussi les visions tronquées de la réalité dans lesquelles évoluent les protagonistes, et dont ils parviendront peut-être à se défaire au cours de l’histoire… ou pas.

Pour les lecteurs anglophones, l’éditeur américain Vertical propose les trois volume de la série.

Américano-jamaïco-argentin nippophone 

Felipe Smith est né en 1978 aux États-Unis d’un père jamaïcin et d’une mère argentine. Élevé en Argentine, il retourne finir ses études dans son pays natal et sort diplômé de la School of the Art Institute of Chicago (eng) en 2000. Tout en finissant ses études, il travaille comme animateur, designer et illustrateur, et publie sa première série en 2005, MBQ, chez Tokyopop, déjà dans un format manga. Felipe Smith s’inspire de sa vie à Los Angeles pour écrire cette histoire.

Lors du Comic-Con (eng) de San Diego en 2008, il présente son projet Peepo Choo à un éditeur de la Kôdansha. Il lui parle de son désir de publier au Japon une série pas spécifiquement adressée aux lecteurs japonais, mais de tous horizons. L’idée séduit son interlocuteur, et cette entrevue détermine son depart pour le Japon la même année. Il passera les deux années suivantes à l’écriture de Peepo Choo, prépublié dans le magazine Morning 2 de la Kodansha.

En attendant de voir arriver un nouveau titre de Felipe Smith, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil à son portfolio en ligne, dans lequel des illustrations aux techniques et ambiances très différentes nous promettent le meilleur pour la suite.

À noté que jusqu’au 5 janvier 2012, les travaux de Felipe Smith sont visibles dans une exposition intitulée “Manga style, North America” (eng) au Musée international du manga de Kyôto (jp).

Pour aller plus loin :

Interview publiée en 2010 sur le site américain About.com (eng)

Présentation de Peepo Choo par son auteur à la télévision japonaise (jp)

Portfolio en ligne (eng)

Site promotionnel dédié à MBQ (eng)


Cette année encore, le festival international de science-fiction des Utopiales de Nantes (10-14 novembre) propose, via son pôle Asiatique, un parcours dans la culture manga avec en point d’orgue la journée Manga-tan du dimanche 14 novembre.

Cinq ans après Moebius, c’est au tour du deuxième papa de Métal Hurlant de réaliser l’affiche du festival avec une ré-interprétation de la cité des Ducs de Bretagne à la conquête des étoiles : Phillipe Druillet. Invité d’honneur de cette édition 2010, une exposition de ses travaux sera visible tout au long du festival. N’hésitez pas à venir découvrir la folie graphique cet artiste hors norme.

 

Rencontres

Yvan West Laurence

Yvan West Laurence fait partie de ces défricheurs qui au début des années 90 se passionnent pour les premiers dessins animés japonais débarqués sur les écrans de télévision française. Avec des amis il créé le fanzine Animeland en 1991, qui passera par la suite en magazine kiosque et deviendra l’une des références en matière d’animation japonaise.

Au cours d’une rencontre intitulée « Manga et Asie : au frontière du genre », Morgan Magnin, président de notre association Univers Partagés, reviendra avec son invité sur la SF dans les productions asiatiques et les influences artistiques qu’elles suscitent et dont elles se nourrissent.

RAN

Né en 1982 à Niigata où il vit toujours, RAN rêvait depuis son plus jeune âge de devenir mangaka. C’est l’année de son diplôme du JAM College (jp), en 2003, qu’il est repéré par un éditeur en visite dans l’établissement. Le scénario reste alors son point faible, et on lui propose donc de se faire la main sur l’adaptation en manga du dessin animé créé par Ken Akamatsu (Love Hina, Negima !) : Ground defense force ! Mao-chan. En 2007 il est prêt, et lance sa propre série, Maid War Chronicle, qu’il publie toujours actuellement dans le magazine Sirius de l’éditeur Kôdansha.

La venue de RAN avec son éditeur sera l’occasion pour le public de découvrir de manière plus concrète ce qu’est le métier de mangaka, notamment à travers une démonstration de l’auteur sur scène, là encore animée par Morgan Magnin d’Univers Partagés.

Projections animées

Redline

Nouvelle collaboration de Takeshi Koike (Animatrix – World Record) et Katsuhito Ishii (en) (Shark Skin Man and Peach Hip Girl) après Trava – Fist planet, les séquences animés dans Party 7 et Le goût du thé, les deux compères nous livre cette fois-ci un film qui met à l’honneur le graphisme très classe de Koike dans une histoire de courses de bolides qui décoiffe.

Orbital (TO)

Adaptation de deux chapitres du manga 2001 Nights de Yukinobu Hoshino, mangaka déjà publié en France par Casterman en 1996 avec Le trou bleu, aujourd’hui épuisé. Sous ce titre en forme d’hommage à la fois au classique de la littérature persane Les Mille et Une nuits et au 2001 l’odysée de l’espace de Stanley Kubrick, se cache une série de courtes histoires qui à grand renfort d’ellipses, comme chez ses illustres prédécesseurs, relatent des épisodes marquants du voyage de l’homme dans l’espace.

King of thorn

Adaptation du manga de Yuji Iwahara publié chez Soleil sous le titre Le roi des ronces (fr). Plus de précision par ici (fr).

5cm par seconde et Voices of the distant star

Deux très beaux films de Makoto Shinkai (fr), réalisateur indépendant ayant marqué les esprits des fans en 2002 avec son très beau Voices of the distant star, court-métrage réalisé en indépendant avec l’aide de sa femme pour le doublage et de Tenmon (jp) pour la musique.

Cobra the animation 2010

Pour les 30 ans de Cobra en 2008, une série d’oav avait déjà été produite. L’année suivante, le jubilé se poursuivait avec une seconde série d’OAV, suivit début 2010 d’une série TV inédite. Ce sont les deux premiers épisodes de cette nouvelle série, dirigée par Keizô Shimizu (清水恵蔵) déjà aux manettes de l’animation sur les deux séries d’OAV, qui seront proposés.

Puppetoons festival !

George Pal (fr), animateur d’origine hongroise naturalisé américain, marqua le monde de l’animation stop-motion des années 40 avec ses films réalisés à l’aide de ses célèbres marionnettes en bois. Il est par ailleurs le réalisateur et producteur de films de science-fiction devenus depuis des classiques du genre : Le choc des mondes (1951), La guerre des mondes (1953), La machine à explorer le temps (1960).

Mars

Réalisé par l’animateur Goeff Marslett (clip Bubblecraft pour le groupe Pilotdrift), ce film reprend l’idée déjà exploité dans A Scanner Darkly adapté de Philip K. Dick par Richard Linklater (Before Sunrise, Before Sunset), qui consiste à cerner les personnages et décors filmés, pour donner un aspect graphique à l’ensemble. Un peu comme si un animateur réalisant une rotoscopie (fr) garderait le film servant de modèle à l’écran, posant son animation en surimpression. Sur l’adaptation de A scanner Darkly cela apportait plus de force à l’adaptation du récit tourmenté de K. Dick, avec des surfaces mouvantes qui retranscrivaient bien un certain malaise. Hormis le côté graphique qui donne une identité indéniable au film, qu’apportera l’usage de cette technique sur Mars ? A vous de juger aux Utopiales !

Affiche réalisée par Aoi Kaihatsu, élève du JAM College

Cosplay

Comme chaque année maintenant depuis le début de la journée Manga-Tan, organisée par Morgan Magnin de l’association Univers Partagés, le dimanche aux Utopiales est synonyme de cosplay. Recueillant toujours plus de succès, cette année encore le concours de cosplay se déroulera sur la scène principale dimanche 14 novembre à partir de 16h30.

Exposition du JAM College de Niigata

L’école de manga et d’animation de Niigata, le JAM College (jp), expose ses travaux d’élèves aux Utopiales.

Issue de la section manga de l’école de design de Niigata, cette école prend son indépendance en 2000 et devient le Japan Animation and Manga College : le JAM College. Après 10 ans d’existence, ses anciens élèves diplômés font maintenant partie du paysage du manga et de l’animation japonaise. 56 mangakas sont publiés chez les plus grands éditeurs de l’archipel (Shûeisha, Kôdansha, etc.) ; Animateurs, designers et autres réalisateurs diplômés de l’école officient dans des studios d’animation  renommés, tels que Madhouse (Mai Mai miracle, Summer wars), Production I.G. (Eden of the east, Kimi ni todoke) ou encore Bones (Darker than black, Tôkyô Magnitude 8.0).

Bande-dessinée en compétitions

Parmis les titres en lice pour le prix BD des Utopiales 2010 nous trouvons le manga de Naoki Urasawa, Pluto !. Inspiré d’un chapitre d’Astroboy de Tezuka mettant en scène le robot Pluto décimant ses semblables les plus puissants pour satisfaire la vanité de son créateur, cette adaptation prends la forme d’un thriller à tiroir comme Urasawa sait si bien les écrire. Dans une ambiance de film noir à la Road Runner, l’auteur pose des questions essentielles sur la nature de l’homme à travers ses personnages robots, évoluant dans un monde où hommes et machine cohabitent. Mention spéciale au personnage d’Astro, apparaissant un peu tardivement dans l’intrigue, ce qui rend son entrée en scène plus poignante encore.

Viennent ensuite d’autres titre sorties cette année dans les librairies françaises : Les Derniers Jours d’un immortel de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval ; Le Signe de la lune, dans lequel Enrique Bonet et José Luis Munuera renouvellent de manière angoissante l’univers du conte ; L’Éternaute avec les magnifiques dessins de l’argentin Alberto Breccia et Hector Oesterheld au scénario à double lecture, qui nous parle aussi de notre monde et de nous, comme le fait si bien la science-fiction lorsqu’elle est maniée par de tels maîtres; Hélas de Hervé Bourhis et Rudy Spiessert ; La Zone d’Eric Stalner et enfin le très bon Zombillénium d’Arthur De Pins, qui quitte un moment ses petites pépés pour livrer une histoire très divertissante.

Voilà pour l’aperçu animation/bande-dessinée de ce festival international de science-fiction des Utopiales 2010. Vous pourrez retrouver plus d’informations sur le site officiel, ou sur le site d’Univers Partagés. Bon festival !

Programme du festival disponible ici

En 2005, dans le cadre d’une grande campagne de sensibilisation à la prévention de la criminalité et des catastrophes naturelles, la préfecture de Fukuoka décide de créer un personnage pour toucher le public, des plus petits aux plus grands. C’est la société créatrice de jeux vidéo locale, CyberConnect2, qui est retenue pour la création de la charte graphique.

Le monde de Little Tail Bronx au secours de Fukuoka

Le studio CyberConnect2 est à l’origine d’un jeu qui compte parmi les plus charmants de la playstation : Tail Concerto (fr). Le joueur y incarne Waffle, un policier du royaume de Prairie, où chiens et chats cohabitent. Waffle va devoir délivrer le royaume de la menace d’un gang, « les Chats Noirs », qui persécute la population.

Toujours dans le monde de Little Tail Bronx, à des milliers de kilomètres de là, la population du pays de Nipon peut compter sur Mamoru-kun et ses amis pour les protéger. Dans cette affaire, les habitants de la préfecture de Fukuoka ne sont pas en reste : Mamoru-kun leur envoie des informations importantes concernant la prévention des risques liés à la criminalité et aux catastrophes naturelles.

En matière de criminalité, l’accent est mis sur la protection des enfants. Ces derniers peuvent d’ailleurs allez découvrir les bonnes attitudes à avoir s’ils viennent à être abordé par un inconnu dans la rue. Des petits quiz animés permettent de manière ludique de sensibiliser les plus jeunes. (Vous aussi essayez, et gagnez des fonds d’écran si vous rentrez sain et sauf à la maison !)

Hormis cet aspect éducatif, le service de prévention Mamoru-kun permet également de s’abonner à un système d’informations en temps réel en cas de catastrophes. Il s’agit pour cela d’aller sur la page ad-hoc (en) dans laquelle on renseigne son mail de téléphone portable, pour ainsi recevoir des alertes concernant des événements dangereux (crues, tremblements de terre, typhons, etc.) sur la région que l’on aura sélectionné au moment de l’inscription.

Mascottes à foison

Le fait de commander l’habillage de cette campagne à une société de jeux vidéo est un trait caractéristique de l’approche que les japonais ont de la communication. Pourrait-on imaginer voir un jour une ville française, ou même le gouvernement, commander une campagne de promotion pour l’Agenda 21 (fr) à Ankama (fr) par exemple ? On peut en douter. Les japonais ont un regard différent sur tout ce qui relève du mignon, le « kawaii » pour faire plus nippon, et c’est avec bienveillance qu’ils accueillent les campagnes que d’adorables mascottes portent sur leurs frêles (et mignonnes) épaules. Les exemples ne manquent pas : Kikkoro et Morizo (fr) de l’exposition Universelle d’Aichi en 2005, les tokkikkis Toppi et Kippi (jp) de la préfecture de Niigata, Sento-kun (en) de la ville de Nara, etc..

Sento-kun

Ce serait mentir que de dire qu’il n’en est pas de même en France. Mais même si les mascottes sont également utilisées, il semble qu’elles interviennent sur des campagnes aux enjeux moins graves, soit dans le domaine du sport : Footix (fr) de la coupe du monde 98, le lutin Magique des jeux Olympique d’hiver d’Albertville 92, etc. ; soit pour des entreprises : Mister Crédito de CTLM, le Bibendum de Michelin, etc..

Cette façon de rendre la contenant ludique sans pour autant que le contenu, tout à fait sérieux et important, souffre de cette image un peu légère, semble être quelque chose que les japonais acceptent avec beaucoup de souplesse.

Oh ! Les beaux bois !

CyberConnect 2


Créé en 1992 par de jeunes diplômés de la Kyûshû sangyô university (jp), le studio révèle leur talent dès le premier jeu, en offrant aux possesseurs de la Playstation un voyage dans le monde de Little Tail Bronx avec le jeu Tail Concerto sortit en 1998. Rappelant  l’univers aérien du Laputa (fr) de Hayao Miyazaki, complété d’une dose de steam-punk et du kawaii en veux-tu en voilà, l’ambiance séduit dès le dessin animé d’ouverture, introduisant les personnages designés par Nobuteru Yûki (fr)(Lodoss, Escaflowne).

Mais CyberConnect2 c’est aussi et surtout la série .Hack (en), sur un concept du directeur de CyberConnect2, Hiroshi Matsuya (en), avec Yoshiyuki Sadamoto (fr) au design des personnages. L’histoire lancée en 2002 par la série TV .hack//SIGN, prendra vite de l’ampleur avec la sortie quelques mois plus tard du jeu .hack//Infection. Suivront OAV, films, mangas et romans qui étendront chaque fois davantage l’intrigue, incitant les plus mordus à aller explorer tous ces médias pour appréhender l’ensemble de l’œuvre.

On retrouve également le studio à l’adaptation de la plupart des jeux vidéo Naruto (fr) sortis sur les machines de Sony, ainsi qu’à la réalisation d’Asura’s Wrath en association avec Capcom. Ce beat’em all dans la ligné de God of War, a été présenté lors du Tôkyô Game Show 2010 et s’annonce comme l’un des gros titres des mois à venir. A mille lieues des mignonneries de Tail Concerto, il démontre l’étendu du savoir faire du studio de Fukuoka.

Pour les fans de la première heure, une séquel de Tail Concerto est prévue pour le 28 octobre au Japon sur la Nintendo DS : Solatorobo. Plus un spin-off se déroulant dans le même monde qu’une suite réelle, ce titre sera tout de même l’occasion de revoir apparaître les héros de Tail Concerto, ainsi que Mamoru-kun himself,  accompagné de son père pour remplir son rôle de prévention auprès du peuple de Fukuoka, euh non, en république du Shepard, où se déroule l’action du jeu. A noté que le dessin animé d’ouverture est réalisé par le studio Madhouse (jp) (Redline, Summer Wars).

Et pendant ce temps là, dans le royaume de Prairie

Pour aller plus loin :

.hack : Beyondfragment.net (fr) site de fans francophones

Tail Concerto : Site officiel (jp) Article Wikipédia (fr)

Solatorobo : Site officiel (jp)

Mamoru-kun : Site de CyberConnect2 (jp)



Louis Riel l'insurgé chez CastermanConstruction d’une nation

Trop souvent dans notre vision contemporaine franco-française du Canada, ce pays est partagé entre un territoire anglophone et francophone. Cette vision bipolaire ne rend pas honneur à ceux qui contribuèrent à bâtir la nation canadienne : les Metis de la province de Minatoba. A travers la biographie de celui qui s’insurgeât contre le despotisme de la nation Canadienne au XIXème siècle sur ces peuples autochtones, Chester Brown nous invite à découvrir une partie de l’histoire de ces résistants, descendants à la fois des Européens et des Amérindiens.

Louis Riel l’insurgé retrace la lutte de cet homme qui, refusant les traités iniques des canadiens anglophones, consacra sa vie à défendre les terres de ses ancêtres, descendants des premiers colons européens ayant trouvé une certaine harmonie en s’étant mêlés aux amérindiens. La suite des évènements décrits dans cette bande dessinée couvre seize années de résistance, ponctuées de luttes armées et de périodes d’exiles, la brièveté des premières étant inversement proportionnelles à la longueur des secondes, l’insurrection à son prix.

A propos de la création de l’album Louis Riel, des choix graphiques et narratifs fait par Chester Brown, je vous conseils la lecture de l’interview donnée au site du9 en 2004. Nous y apprenons notamment le désir de l’auteur de traité des abus de pouvoirs des autorités (il se déclare lui-même libertarien), mais également sont refus de verser dans le mélodramatique. Pour garder cette distance nécessaire à une vision objective des événements décrits, l’auteur « limite l’utilisation de plans rapprochés et garde toutes les cases à la même taille ». C’est de là que découle l’usage du fameux gaufrier et d’un graphisme très ligne claire, qui au-delà du simple rendu esthétique, contribue dans une certaine mesure à limiter la charge émotionnelle du dessin.

Chester Brown

Auteur Canadien de langue anglaise né en 1960, Chester Brown fait partie de cette génération d’auteurs (Seth, Joe Matt, Adrian Tomine, etc.) qui poursuivent la voie de l’underground du comics nord américain tracée par les Robert Crumb, Gilbert Shelton et tous les autres. Si le ton iconoclaste des aînés a laissé place à plus de gravité, il n’en garde pas moins cette envie de bousculer les lecteurs.

Bibliographie non-exhaustive de Chester Brown :

Je ne t’ai jamais aimé / 2001 / Les 400 coups

Le Playboy / 2001 / Les 400 coups

Louis Riel l’insurgé / 2004 / Casterman

Pour aller plus loin :

Interview de Chester Brown sur du9

Biographie de Louis Riel sur le Dictionnaire biographique du Canada en ligne

Vous avez lu et aimé ? Alors allez zyeuter par là :

Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours, de Howard Zinn et/ou son adaptation en BD intitulée Une histoire populaire de l’empire américain par Mike Konopacki

Le gouvernement provisoire métis de décembre 1869

 

Bastien Vivès à décidément le talent de nous surprendre à chaque nouvelle histoire. Après les premiers émois amoureux des jeunes filles de Elle(s), la rémission de l’autisme de son jeune héros dans Hollywood Jan, et une rencontre en pointillé dans Le Goût du chlore, il nous entraine cette fois-ci dans une expérience immersive, à la naissance du sentiment amoureux.

Dans mes yeux propose de suivre la rencontre du narrateur avec une jeune étudiante de son université en vue à la première personne. C’est donc nous, lecteurs, qui faisont l’expérience de cette rencontre. Poussant l’immersion jusqu’à nous faire imaginer les paroles du jeune homme, il permet à chacun de ses lecteurs d’avoir une lecture différente selon sa sensibilité, et selon l’humeur du moment, d’être narrateur ou simple spectateur.


Graphiquement cet album détonne des précédents, dans lesquels la mise en couleur se faisait en aplat. Cette fois-ci, les crayons de couleurs rendent une vision de la réalité sous le prisme d’un regard amoureux. Seul les traits de la jeune femme restent tangibles, tandis que l’environnement se brouille pour ne laisser que l’essentiel.

Si vous voulez continuer à être surpris par ce jeune auteur plein de talent, allez découvrir son blog Comme quoi, où il poste régulièrement des strips, en attendant de découvrir en librairie son prochain titre, Le maitre de danse, prévu pour cette année chez KSTR.

Sur ses 19 ans d’existence, le musée d’Angoulême aura vécu durant quatre ans (2002-2006) au sein de l’exposition Le Musée Imaginaire. En effet, le site originel investit en 1991 au Centre National de la Bande Dessinée a été remplacé en 2009 par celui des chais situé sur la rive opposée de la Charente.

Expositions temporaires

Le nouveau site abrite l’exposition permanente du musée, ainsi que des expositions ponctuelles. Durant le FIBD 2010 nous pouvions ainsi découvrir l’exposition Cent pour Cent (jusqu’au 28 mars 2010), dans laquelle cent auteurs donnent leur interprétation d’une planche d’un autre auteur du patrimoine de la BD. Cela donne lieu à des relectures parfois surprenantes, permettant de mieux comprendre la sensibilité de chacun des deux auteurs mis en parallèle.

Exposition Cent pour Cent

Expositon(s) permanente(s)

L’exposition permanente a ceci d’extraordinaire qu’elle change tous les trois mois. En effet, le papier étant une matière bien plus sensible aux dégâts du temps que ne peut l’être une toile de peinture, le musée a adopté un système de rotation trimestriel, qui consiste à remettre aux archives les oeuvres exposées pour les remplacer par de nouvelles. Ce sont ainsi neuf musées différents qui prennent place dans le nouveau bâtiment où se trouve également la librairie du CIBDI, remarquable pour son fonds en ouvrages théoriques notamment.

L’exposition principale s’organise de manière chronologique sur de longues vitrines qui ondulent le long de la visite. Ce voyage dans le temps est ponctué d’espaces de lecture où le visiteur peut découvrir les ouvrages présentés dans les vitrines. Cette ambiance cosy est appuyé par un éclairage tamisé donnant un certain cachet au lieu, qui devient un véritable écrin pour la bande dessinée internationale.


Le Salon : espace ou les planches des plus grands s’exposent en tableau de maître

La place du manga

Dans l’histoire de la BD que nous raconte l’exposition, les BD d’origines diverses se mêlent au gré des influences qu’elles ont pu avoir les unes sur les autres. Malgré ce joyeux melting-pot retranscrit tout au long de la visite, le manga ne s’y insère pas, et est mis à part sur un mur qui séquence son histoire en grandes époques marquantes. Pourquoi cette mise à l’écart du manga ? Peut-être que du point de vue des conservateurs du musée l’évolution du manga s’est faite loin de la BD franco-belge. Si tel est le cas, ce raisonnement ne tient pas, car les évènements ayant secoué le monde tout au long du XXème siècle ont influencé les oeuvres aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est. Aussi des mises en parallèle trouveraient tout à fait leur place dans cette frise.

A la décharge des conservateurs, les influences nippones que nous voyons émerger dans les titres des auteurs de la nouvelle génération ne sont que très récentes au regard de l’histoire de la bande dessinée présentée. Gageons que lorsque ces auteurs seront reconnus comme « classiques », le manga trouvera enfin la place qu’il mérite dans cette grande frise historique de la bande dessinée internationale.

Le mur Histoires d’Asie

Pour conclure, le parcours très pédagogique de la visite est à conseiller à tous les néophytes curieux de mieux comprendre ce qu’est la bande dessinée aujourd’hui. De plus les originaux des grands d’hier que sont Caran d’Ache, McCay, Saint-Ogan ou encore Calvo pour ne citer qu’eux, ont quelque chose d’émouvant qui rend la visite de ce musée indispensable à tout passionné de bande dessinée.

Pour aller plus loin :

Site du CIBDI

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